Royaume-Uni

[Revue de presse] Brexit : le jour d'après

Donald Tusk

Cette fois ça y est, le processus devant conduire au Brexit est enclenché. Mercredi 29 mars, le président du Conseil européen Donald Tusk a accusé réception de la lettre "article 50" signée par Theresa May la veille au soir. L'ouverture de ce courrier marque un moment historique, notifiant officiellement le début des négociations de séparation entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Après l'émotion, place au travail pour Bruxelles et Londres qui affûtent désormais leurs stratégies.

"Day one of Brexit"

"Que vous dire de plus ? Vous nous manquez déjà". C'est avec "cette sobriété et gravité " que le président du Conseil européen, Donald Tusk, a accusé réception hier de la lettre de Theresa May, Première ministre britannique, entamant officiellement le divorce entre son pays et l'UE [Le Monde]. Un écrit de six pages qui brise selon Libération "un tabou historique". Londres a finalement accompli "son grand saut (…) promis depuis le 23 juin et le vote des Britanniques, à 52 %, en faveur du Brexit", rappelle le journal. M. Tusk enverra dès vendredi aux 27 Etats membres des "orientations de négociations, qui traceront en des termes généraux les lignes rouges et le cap à respecter aux yeux de l'UE pour aboutir à un accord de sortie" [L'Express].

"Il n'y aura pas de retour en arrière", a déclaré fermement hier Theresa May devant les députés du Parlement à Westminster [Le Soir]. La chancelière allemande Angela Merkel a quant à elle souhaité jeter les bases des nouvelles négociations en indiquant qu'il faudrait tout d'abord "délier les étroites imbrications" qui lient l'UE au Royaume-Uni, "et seulement une fois cette question clarifiée"(…) parler de notre relation future" [Le Monde]. Des déclarations auxquelles François Hollande, en déplacement en Indonésie, a ajouté sa voix avec un "ton virulent" que n'auront pas manqué de noter les Britanniques : "le Brexit sera douloureux pour le Royaume-Uni"  [Libération].

A Londres et Bruxelles, "le tranchant des arguments s'aiguise"

"A Bruxelles, les regrets ont vite cédé la place à une posture combative", titre le Figaro. Le Conseil européen a en effet souligné que "le bloc agira 'uni'", et que sa priorité devrait être de "minimiser l’incertitude créée par la décision du Royaume-Uni pour nos citoyens, nos entreprises et nos États membres" [Euractiv]. Le négociateur européen en chef du Brexit, Michel Barnier, a quant à lui évoqué le sort "de plus de quatre millions de citoyens européens au Royaume-Uni et d’expatriés britanniques dans l’UE (…) confrontés à l’incertitude concernant leur avenir".

Le Monde rappelle également que les Européens auront "à cœur de défendre 'leur' marché commun", avec ses "500 millions de consommateurs et ses quatre libertés de circulation (des marchandises, des services, des capitaux et des personnes)".  A cela la Première ministre britannique a souhaité répondre dans une tribune adressée aux Européens, en déclarant : "Les dirigeants européens ont clairement expliqué que l'adhésion au marché unique impliquait d'accepter les quatre libertés. Nous sommes conscients qu'elles sont indissociables et qu'il n'est pas question de commander à la carte" [Le Parisien].

Cependant, si Theresa May rappelle dans sa lettre "le souhait du Royaume-Uni de quitter le marché unique, elle n’évoque pas précisément de sortie de l’union douanière", note Libération. Dans le feuillet de 6 pages adressé hier, la Première ministre insiste à dix reprises sur la "sécurité" pour appuyer la nécessité d'arriver à un accord. "En termes de sécurité, un échec à parvenir à un accord signifierait que notre coopération en matière de lutte contre la criminalité et le terrorisme serait affaiblie", a-t-elle déclaré.

Enfin, tout au long de ces négociations, le Parlement européen compte bien jouer le rôle "du bad cop, le méchant flic qui n’hésite pas à dire des choses désagréables à Londres", indique Le Monde. "Dans sa résolution, il précise d’ailleurs qu’aucun accord de divorce ne saurait être effectif sans avoir obtenu son feu vert".

Outre-Manche, la presse divisée entre optimisme et regrets

Entre "excès d'optimisme" pour les uns et "doutes et regrets" pour les autres, "les unes des quotidiens britanniques, ce 29 mars, reflètent bien l’éventail des opinions dans le pays vis-à-vis du Brexit", note La Croix. "Liberté !", titre le journal britannique Daily Mail cité par la RTBF, après avoir fait longuement campagne pour le Brexit. "Portons un toast à ceux qui rêvaient de ce moment", écrivait quant à lui le Daily Telegraph dans son éditorial de la veille, mis en exergue par La Croix.

Pour d'autres, le déclenchement du Brexit fait place au doute. "L’histoire nous regarde", alertait hier le  journal conservateur The Times sur sa Une reprise par Libération. "Une couverture teintée de crainte et d’inquiétude face à un avenir incertain", conclut le journal.