Royaume-Uni

[Revue de Presse] Accord sur le Brexit : coup d'envoi d'une campagne de quatre mois outre-Manche

Donald Tusk et David Cameron lors du Conseil européen © Conseil européen

Après des semaines de discussions doublées d'un sprint final à la hauteur des négociations d'urgence bruxelloises, un accord entre Londres et Bruxelles pour permettre le maintien du Royaume-Uni dans l'UE a été présenté vendredi 19 février à l'issue du Conseil européen. Conséquence immédiate de cet évènement attendu, l'annonce par David Cameron de la date du référendum britannique qui aura lieu le 23 juin prochain. Il dispose de quatre mois pour faire campagne. Peu à peu les pions de l'échiquier politique prennent place, le Premier ministre n'a pas fini de livrer bataille. Face aux retours mitigés sur un accord âprement négocié, des personnalités clé du jeu politique anglais assument leurs ambitions, dont celles du maire de Londres.

L'accord présenté à Bruxelles fait resurgir le spectre d'une Europe à la carte

"Les Européens ont franchi vendredi la première épreuve d’une année 2016 appelée à en compter beaucoup : ils ont conclu avec la Grande-Bretagne l’accord qu’elle exigeait pour rester dans l’Union européenne", rapportent Les Echos. "Un accord, mais pas de gagnants", précise le quotidien dans un second article. 

Euractiv se penche sur le contenu du 'deal' conclu entre Londres et Bruxelles. Ainsi, le "'frein d’urgence' [sera limité] à sept ans. […]. Il a été décidé que [les allocations familiales] seraient maintenues, mais adaptées au coût de la vie dans le pays où [les travailleurs] se trouvent. Cette mesure pourra être adoptée par tous les États membres". De quoi satisfaire le Premier ministre, qui compte mener la campagne "de tout son cœur et de toute son âme" [Euractiv]. "'J'ai négocié un accord pour donner au Royaume-Uni un statut spécial dans l'Union européenne', a-t-il tweeté, martelant que jamais son pays ne ferait partie de la zone euro ni d'un 'super-Etat européen'" [La Croix].

Pourtant de nombreuses voix s'inquiètent de la direction que prend l'Union européenne sous la pression du Royaume-Uni, craignant une "Europe self-service" [L'Obs / AFP]. "Soucieux d'éviter un séisme à une Union européenne déjà ébranlée par la pire crise migratoire de son histoire, les dirigeants européens ont fait contre mauvaise fortune bon cœur", estime Challenges.

Pour François Hollande, "il peut y avoir une Europe différenciée", mais il existerait une différence entre une telle construction et une "Europe self-service". Une opinion partagée par le nouveau chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, qui a affirmé dimanche que "chacun doit accepter une Europe différenciée dans laquelle ceux qui veulent plus d'Europe pourront avancer et ceux qui ne veulent pas aller plus loin n'y feront pas obstacle" [Challenges].

Le référendum décisif fixé au 23 juin

Tout est cependant loin d'être joué. "Le Premier ministre britannique David Cameron présente [aujourd'hui] au parlement l'accord obtenu vendredi à l'arraché avec ses partenaires européens à quatre mois d'un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE au résultat indécis" [L'Obs / AFP].

"Le référendum promis par le leader conservateur depuis trois ans aura lieu le 23 juin. La date a été confirmée samedi matin, au lendemain de la signature de l’accord", indiquent Les Echos. A cet effet, "six ministres 'rebelles' feront campagne pour le Brexit, […] les conservateurs sont plus divisés que jamais". La Croix titre, "pour David Cameron, le plus dur est à venir".

L'Obs mentionne un sondage publié dimanche par le Mail on Sunday, "la première [enquête] effectuée depuis l'accord obtenu vendredi à Bruxelles par David Cameron pour réformer certains points de fonctionnement de l'UE, les partisans du maintien sont 48% et ceux de la sortie du Royaume-Uni 33%". Une avance confortable pour les opposants aux Brexit. Selon un autre sondage, les chefs d'entreprises britanniques seraient 60% à être en faveur d'un maintien dans l'UE [L'Obs / Reuters].

L'impact de cet évènement politique majeur se dévoile petit à petit. Non content de définir les futures relations entre le Royaume-Uni et le continent, le référendum aura outre-Manche de nombreuses conséquences sur la politique intérieure. Ainsi, la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a déclaré qu'une "sortie de l'UE déclencherait 'presque certainement' un second référendum sur l'indépendance écossaise" [The Telegraph].

Boris Johnson, le nouveau poil à gratter de David Cameron

Pourtant, les choses peuvent évoluer rapidement outre-Manche, surtout autour du "référendum de tous les dangers" [L'Opinion]. David Cameron a ainsi d'ores et déjà échoué "à rallier le charismatique maire de Londres Boris Johnson, qui a rejoint dimanche le camp des pro-Brexit" [Euronews].

"Je ferai campagne pour partir' de l'Union européenne" a annoncé le maire de Londres, en précisant qu'il ne "participerait pas à des débats télévisés contre son parti d’ici au référendum prévu le 23 juin". [Libération]. Pour Le Monde, les partisans du Brexit ont trouvé dimanche leur "champion", jusqu'à présent le camp du 'out' manquait "d’un porte-parole de poids et [menaçait] d’être conduit par le leader d’extrême droite Nigel Farage".

Il s'agit d'un "revers de taille" pour David Cameron selon L'Obs, qui, tel que le précise La Tribune, avait tenté de rallier le maire de Londres dans son camp. "Le risque […] c’est que le maire de Londres, désormais leader de la campagne en faveur du Brexit, entraîne dans son sillage un grand nombre d’élus conservateurs : jusqu’à 150 députés tories pourraient faire campagne pour une sortie de l’Europe", rapporte Courrier international, soulignant les velléités de Johnson à obtenir sa place au 10, Downing Street.