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Royaume-Uni

Rétrospective 2015 (5/5) : Une année électorale en Europe

Bureau de vote

Alors que l'année 2015 touche à sa fin, nombre d'Européens ne s'émouvront pas. De Charlie Hebdo au Bataclan, en passant par les routes meurtrières de l'immigration ou encore le psychodrame de l'été autour d'un possible Grexit, force est de constater que les principaux événements de l'année écoulée ont heurté l'Europe. Et les contre-exemples, s'ils existent évidemment – comme l'accord historique sur le climat trouvé à la COP21 – peineront à réellement équilibrer un bilan amer.
2015 : l'annus horribilis de l'Europe ? Retour sur les douze derniers mois d'actualité européenne.

Avant l'échéance de 2017 qui s'annonce cruciale pour l'Europe avec les élections présidentielle et législatives françaises ou encore les élections allemandes, 2015 a également été une étape électorale importante pour le Vieux Continent. Elections législatives au Royaume-Uni, en Espagne, en Pologne, au Portugal ou encore en Turquie... la donne politique a, sinon été entièrement bouleversée, du moins beaucoup évolué pour l'Europe.

Reconduit, David Cameron peut se concentrer sur le référendum d'appartenance à l'UE



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Annoncées extrêmement serrées avec une forte probabilité de coalition, les élections générales britanniques, organisées en mai, ont offert un grand nombre de surprises. Tout d'abord, de 'hung Parliament' (expression signifiant l'absence de majorité absolue) il n'en fut point. Contredisant les sondages, David Cameron, Premier ministre sortant, a même amélioré son score de 2010 en se payant le luxe de ne pas avoir à gouverner en compagnie des libéraux et démocrates (centre) de l'europhile Nick Clegg. Une bonne nouvelle pour le chef du gouvernement, qui a désormais les mains libres pour organiser son référendum sur l'appartenance de son pays à l'Union européenne. Et qui sort renforcé du scrutin pour faire face aux 'frondeurs' eurosceptiques de son parti. Sitôt élu, David Cameron a ainsi commencé à préparer son argumentaire en vue d'obtenir un meilleur "deal" auprès de ses partenaires européens. Sur la question des prestations sociales versées aux migrants venant des autres pays membres de l'UE, au minimum, les négociations s'annoncent âpres. Elles doivent se poursuivre au cours du premier trimestre 2016.

Concernant le reste du spectre politique britannique, les élections 2015 ont abouti sur la lourde défaite du Parti travailliste. Ed Miliband, leader du Labour, a, comme le veut la coutume au Royaume-Uni, aussitôt démissionné. Fin août, c'est Jeremy Corbyn, situé à l'extrême gauche du parti, qui a été choisi par les militants et sympathisants. Sa capacité à fédérer ses troupes est néanmoins plus qu'incertaine. Lui-même frondeur récurrent, son autorité a été mise à mal début décembre alors qu'il se prononçait contre une intervention britannique en Syrie aux côtés de la France.

David Cameron

Par ailleurs, l'ancien partenaire de coalition de David Cameron, Nick Clegg, a également enregistré une lourde défaite lors du scrutin de mai, perdant 41 de ses 49 sièges. Quant au parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), de droite radicale et anti-européen, le système majoritaire britannique l'empêche de confirmer son score des élections européennes 2014. La formation dirigée par l'eurodéputé Nigel Farage n'obtient qu'un seul député à la Chambre des Communes. Au fond, aux côtés du Parti conservateur, le seul autre vainqueur des élections générales 2015 est le Parti pour l'indépendance de l'Ecosse (SNP), qui remporte l'écrasante majorité des sièges écossais, jusqu'ici chasse gardée du Parti travailliste, et s'impose comme l'un des plus farouches opposants à la politique du Premier ministre, tant sur les questions économiques que concernant un possible 'Brexit'.

Pas de majorité en Espagne

A l'image des Britanniques, les Espagnols étaient invités, le 20 décembre, à renouveler les membres de leur Parlement. Si des résultats serrés étaient également prévus, cette fois les instituts de sondage ne se sont pas totalement trompés. Annoncé premier, mais sans majorité absolue, c'est exactement ce qu'a obtenu le Parti populaire (PP), conservateur, du Premier ministre sortant Mariano Rajoy.

Au cours des jours et des semaines à venir, il n'aura pas la tâche facile en essayant de convaincre le parti Ciudadanos, de centre-droit et nouveau venu sur la scène politique nationale espagnole de participer à un gouvernement de coalition à ses côtés. Albert Rivera, leader de Ciudadanos, a en effet écarté cette éventualité durant la campagne, en raison des scandales de corruption dans lesquels le PP est actuellement empêtré.

De l'autre côté du spectre politique, le Parti travailliste espagnol (PSOE) pourrait être tenté de suivre l'exemple portugais d'octobre dernier et d'essayer de former une alliance avec Podemos, parti de gauche radicale, pour évincer les conservateurs du pouvoir. Pour l'heure, aucune issue n'est encore prévisible et un blocage politique du pays n'est pas entièrement à exclure.

Organisées le 4 octobre, les élections législatives portugaises n'ont pas permis à un parti de remporter la majorité absolue. Fait inédit, c'est une coalition allant de la gauche à l'extrême gauche qui a été en mesure de former une coalition, entraînant l'éviction du parti conservateur portugais du pouvoir, en dépit de son arrivée à la première place.

Retour de la droite ultra conservatrice et eurosceptique en Pologne

Autre grand pays européen, par la taille et la population, à avoir voté cette année : la Pologne. Election présidentielle en mai, et élections législatives en octobre. En l'espace de six mois, la Plateforme civique, de centre-droit, a tout perdu. Au pouvoir depuis 2007, le parti auquel appartient Donald Tusk, Premier ministre polonais jusqu'en décembre 2014 et son accession au poste de président du Conseil européen, a fait les frais de l'usure du pouvoir et du retour en grâce du parti Droit et justice (droite radicale et eurosceptique), présidé par Jaroslaw Kaczynski. Prédécesseur de M. Tusk, frère jumeau de l'ancien président Lech Kaczynski décédé dans un crash aérien en 2010, Jaroslaw Kaczynski a laissé sa dauphine Beata Szydlo, à la personnalité nettement moins clivante, mener campagne et ainsi remporter la majorité absolue avec 235 sièges sur 460 à la Diète.

Un retour au pouvoir de la droite radicale polonaise qui a été majoritairement accueilli avec fraîcheur et circonspection de la part de l'Union européenne. De fait, Droit et justice ne défend pas l'approfondissement de la construction européenne et n'a pas hésité à mettre en avant son argumentaire résolument conservateur et anti-immigration durant la campagne.

Turquie : Erdogan conserve le pouvoir en deux temps

Pays non-membre de l'Union européenne, mais à plusieurs reprise au cœur de l'actualité de l'Europe, la Turquie a voté deux fois pour les élections législatives en 2015. Une première fois en juin, sans que cela ne permette au parti de Recep Tayyip Erdogan, président turc depuis 2014 et ancien Premier ministre de 2003 à 2014, d'obtenir la majorité absolue. Cette demi-défaite, vécue comme un véritable camouflet par le régime en place, a été principalement due à la poussée du parti pro-kurde HDP, qui a recueilli 12,96% des suffrages. Incapable de former un gouvernement de coalition, et bloqué dans sa volonté de changer la constitution à son profit, c'est ainsi que M. Erdogan a fait le choix de convoquer un nouveau scrutin, organisé le 1er novembre.

Faisant suite à l'attentat d'Ankara du 10 octobre, qui a entraîné la mort de 102 personnes, et dans le contexte d'une stigmatisation accrue de tous les opposants du régime, l'AKP de Recep Tayyip Erdogan obtient cette fois la majorité absolue, avec la victoire de 317 sièges sur 550. Ahmet Davutoglu est ainsi reconduit au poste de Premier ministre.