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Environnement

Rétrospective 2015 (4/5) : COP21, un long chemin vers un accord historique

Laurent Fabius, lors de la COP21

Alors que l'année 2015 touche à sa fin, nombre d'Européens ne s'émouvront pas. De Charlie Hebdo au Bataclan, en passant par les routes meurtrières de l'immigration ou encore le psychodrame de l'été autour d'un possible Grexit, force est de constater que les principaux événements de l'année écoulée ont heurté l'Europe. Et les contre-exemples, s'ils existent évidemment – comme l'accord historique sur le climat trouvé à la COP21 – peineront à réellement équilibrer un bilan amer.
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Succès incontestable pour la présidence française

Il s'agit probablement de l'événement le plus positif de l'année 2015, tant pour l'Europe que pour le monde. Du 30 novembre au 12 décembre, les 195 Etats parties se sont réunis au Bourget, en banlieue parisienne, pour la COP21, la 21e édition de la conférence annuelle des Nations unies sur le climat. La date était cochée depuis de longs mois comme celle à ne pas manquer pour enfin parvenir à un accord mondial, ambitieux, contraignant et différencié sur le climat. Six ans après l'échec cuisant de la COP15 à Copenhague, le rendez-vous de 2015 était essentiel pour essayer de rester dans les clous d'un réchauffement sous le seuil des 2°C.



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Pour préparer au mieux l'événement, le gouvernement français n'a pas ménagé ses efforts. Particulièrement Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et président désigné de la COP21. Comme il l'a rappelé à de multiples reprises au cours de l'année, le chef de la diplomatie s'est échiné à réaliser un tour du monde par mois pour convaincre un à un l'ensemble de ses homologues. Avec des intérêts aussi divergents que ceux des 195 parties, la tâche était impressionnante. D'autant plus que de nombreux Etats grands pollueurs, comme la Chine, les Etats-Unis ou encore l'Inde et le Brésil s'étaient jusqu'ici montrés extrêmement réticents à s'engager en faveur du climat, afin de protéger leur croissance économique.

Pari réussi pour Laurent Fabius et François Hollande, qui s'est également, au fil des semaines, largement approprié cette question climatique. Faire venir les chefs d'Etat et de gouvernement dès le début de la quinzaine ou encore les inviter formellement à présenter leurs stratégies avant le début de l'événement, deux nouveautés de cette édition 2015 de la COP, se sont révélés être des stratégies payantes.

Et, au bout du suspense, et avec son inévitable lot de points restant à approfondir dans les prochains mois, la COP21 a permis la signature d'un tel accord et le lancement, de l'avis général, d'une dynamique potentiellement décisive pour l'avenir. S'il reste à surveiller de près la mise en œuvre des engagements nationaux, l'heure était au soulagement samedi 12 décembre. A tel point qu'à l'issue d'une ovation plus que nourrie, Laurent Fabius, pourtant peu coutumier du fait, se laissait aller à quelques larmes.

Salle Loire, lors de la COP21

Quatre engagements majeurs pour le climat

Même le travail des délégations des institutions européennes, qui aura été souvent vilipendé dans nombre d'autres domaines au cours de l'année, a été remarqué. L'Union européenne était d'ailleurs la première partie prenante d'importance à formuler, en octobre 2014, ses engagements en vue de la COP21, en s'obligeant à réduire ses émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40% à l'horizon 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Présentes au Bourget, les équipes de la Commission européenne, sous l'égide du commissaire espagnol Miguel Arias Cañete et celles du Parlement européen, dirigées par l'eurodéputé italien Giovanni La Via, président de la commission de l'Environnement, ont conjointement pesé sur les négociations.

L'ensemble des 195 Etats s'est ainsi engagé à contenir le réchauffement climatique sous la barre fatidique des 2°C et même d'essayer, même si cela semble irréaliste, de rester sous le seuil des 1,5°C. Cette ambition importait particulièrement aux Etats insulaires, premières victimes du dérèglement climatique. Deuxième élément majeur : la différenciation des responsabilités et des efforts à fournir entre Etats déjà développés et pays émergents. Troisièmement, la constitution d'un fonds vert de 100 milliards de dollars, destiné à soutenir le développement durable des pays émergents et les aider à face aux catastrophes climatiques, est confirmé. La somme fixée devant même être un plancher minimal à atteindre. Enfin, quatrième avancée significative : la mise en place d'un mécanisme de révision des engagements tous les cinq ans afin de les revoir à la hausse. De fait, en l'état, les contributions formelles des Etats parties restent insuffisantes pour ne pas dépasser un réchauffement climatique de 2°C. Le travail initié à Paris doit par conséquent se prolonger, et ce dès la COP22, prévue pour décembre 2016 au Maroc.