Dossier Vacances 2016
Grèce

Rétrospective 2015 (3/5) : Le désolant feuilleton du Grexit

Rassemblement sur la place Syntagma à Athènes en février 2015

Alors que l'année 2015 touche à sa fin, nombre d'Européens ne s'émouvront pas. De Charlie Hebdo au Bataclan, en passant par les routes meurtrières de l'immigration ou encore le psychodrame de l'été autour d'un possible Grexit, force est de constater que les principaux événements de l'année écoulée ont heurté l'Europe. Et les contre-exemples, s'ils existent évidemment – comme l'accord historique sur le climat trouvé à la COP21 – peineront à réellement équilibrer un bilan amer.
2015 : l'annus horribilis de l'Europe ? Retour sur les douze derniers mois d'actualité européenne.

Acte 1 : Alexis Tsipras gagne les élections du 25 janvier

Troisième sujet qui a tenu l'Europe en haleine en 2015 et duquel le projet européen n'est pas vraiment sorti grandi : la gestion de la crise grecque, notamment au début de l'été. Une quasi-tragédie en cinq actes démarrée dimanche 25 janvier avec l'élection d'Alexis Tsipras, chef de Syriza, parti de gauche radicale, au poste de Premier ministre. Avec l'aide de la droite nationaliste, il succède à Antonis Samaras, dirigeant de la Nouvelle démocratie, parti conservateur associé à la crise.

Troïka

Consultez également notre Questions/Réponses sur la Troïka

Tout ce que les dirigeants européens et la troïka, composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, souhaitaient éviter. Et le début d'un interminable bras de fer entre le nouveau chef de gouvernement, élu sur un programme offensif et anti-austérité, et une Europe peu encline à négocier ses remèdes de cheval pour le redressement de l'économie grecque. Un véritable choc des mondes, cristallisé par le sémillant et péremptoire ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, qui finira d'ailleurs par être remercié le 6 juillet par Alexis Tsipras afin de pouvoir relancer les discussions.

Acte 2 : Cinq mois d'échec dans les négociations

Au cœur du débat, la question de la dette grecque, abyssale et jugée insoutenable par de nombreux économistes. Prêts à en revoir le montant, la Commission européenne et son nouveau président, Jean-Claude Juncker, ont multiplié les réunions de crise durant tout le premier semestre 2015 pour trouver un terrain d'entente avec Athènes. Sans succès tant les positions des deux parties étaient éloignées. Les Européens exigeaient des gages du gouvernement de gauche radicale, alors que ce dernier mettait en avant l'étouffement manifeste des Grecs sous les plans d'austérité. Sont sortis égratignés de cet épisode l'Allemagne et Wolfgang Schäuble, ainsi que Jeroen Dijsselbloem, président néerlandais de l'Eurogroupe, particulièrement inflexibles sur la question de la dette grecque.

Acte 3 : Le référendum et la possibilité du Grexit

Le climax des tensions fut finalement atteint dans la nuit du 26 au 27 juin, lorsque le Premier ministre grec annonça un référendum afin de consulter les électeurs sur la teneur de l'accord avec les créanciers du pays. Un choix aussi audacieux qu'inattendu et dangereux, engendrant une colère noire des interlocuteurs du pays, pris de court et jugeant la manœuvre malhonnête. Le 5 juillet, les Grecs se prononcent massivement, à 61,3% des voix, pour le 'non' aux conditions de la troïka.

Toutefois, ce soutien populaire allait se révéler insuffisant pour qu'Alexis Tsipras obtienne, au bout de l'effort et au bord du précipice qu'aurait représenté un 'Grexit', gain de cause. Le (vrai) conseil de la dernière chance s'est déroulé durant le week-end du 11 juillet, et alors que le pays n'avait plus un sou pour honorer ses remboursements. Fraichement séparé de Yanis Varoufakis, le dirigeant de gauche radicale cédait alors sur la plupart des points défendus par ses créanciers, n'ayant plus d'autre recours pour éviter une sortie de l'Union européenne, assortie de conséquences imprévisibles et désastreuses pour son pays.

Décomposé et éreinté, Alexis Tsipras arborait le masque de la défaite, alors que les Européens ne pouvaient faire que profit bas, avec une victoire à la Pyrrhus qui avait fait sérieusement chancelé le projet européen qui aurait eu du mal à supporter un tel retour en arrière.

Alexis Tsipras

Acte 4 : Démission d'Alexis Tsipras et nouvelles élections

Le 20 août, après avoir laissé passer l'été et lancé les premières mesures dans le cadre de l'accord avec ses créanciers, Alexis Tsipras annonce la démission de son gouvernement, ce dernier ayant échoué à réellement inverser l'austérité et nécessitant par conséquent le renouvellement du soutien des électeurs pour poursuivre son travail.

Loin d'abandonner la bataille et maitre du calendrier, le Premier ministre, par cette décision, coupait court à la fronde naissante au sein de son parti et se donnait toutes les chances de conserver le pouvoir, en se présentant que le candidat le plus à même de limiter les effets néfastes du plan d'aide européen sur la population. Une stratégie payante conduisant le chef du gouvernement sortant à une réélection confortable lors du scrutin du 20 septembre.

Acte 5 (en cours) : La mise en œuvre des réformes

Depuis lors, les tensions entre le gouvernement d'Alexis Tsipras et les Européens se sont largement apaisées, notamment à la faveur de l'émergence des enjeux de l'immigration et du terrorisme, logiquement placées au sommet des priorités. De nombreuses réformes ne sont pas moins attendues, afin de revoir de fond en comble le fonctionnement de l'économie grecque, de fait paralysé par la corruption, le clientélisme, le travail au noir, ou encore les défaillances dans la collecte de l'impôt. Autant de chantiers colossaux face auxquels le gouvernement aura la tâche de s'attaquer sans perdre un instant. L'année 2016 à venir s'annonce à cet égard charnière dans cette entreprise et la patience des Européens pourrait bien être conditionnée à la coopération du gouvernement grec sur la question migratoire et le contrôle des frontières extérieures de l'UE, à l'heure actuelle défaillant de la part d'Athènes.