Immigration et asile

Rétrospective 2015 (2/5) : Crise des réfugiés, l'Europe pas à la hauteur de l'enjeu

Réfugiés syriens stationnant en gare de Budapest en septembre 2015

Alors que l'année 2015 touche à sa fin, nombre d'Européens ne s'émouvront pas. De Charlie Hebdo au Bataclan, en passant par les routes meurtrières de l'immigration ou encore le psychodrame de l'été autour d'un possible Grexit, force est de constater que les principaux événements de l'année écoulée ont heurté l'Europe. Et les contre-exemples, s'ils existent évidemment – comme l'accord historique sur le climat trouvé à la COP21 – peineront à réellement équilibrer un bilan amer.
2015 : l'annus horribilis de l'Europe ? Retour sur les douze derniers mois d'actualité européenne.

Des milliers de morts sur les 'routes' de l'Europe

Tout au long de l'année 2015, d'abord de manière déconnectée puis de front avec la question du terrorisme, s'est développé un autre enjeu majeur pour l'Europe : celui de l'immigration de masse. Provenant de Syrie et d'Afghanistan, en guerre, de Libye, Etat failli et de tout pays où sévissent pauvreté et, ou, persécutions, les réfugiés sont arrivés par centaines de milliers en Europe en 2015. Par l'horriblement meurtrière mer Méditerranée sur des rafiots de fortune, ou encore par la désormais tristement célèbre route des Balkans, souvent via la Turquie et la Grèce.



Consultez également notre infographie : Schengen, la carte des contrôles aux frontières nationales

Parmi les innombrables tragédies qui ont émaillé l'année, plusieurs ont particulièrement marqué les esprits et contraints les Européens à tâcher d'apporter une réponse à la hauteur de l'enjeu – en vain pour l'instant. Le 18 avril, un navire sombre au large de l'Italie, entrainant la mort de 700 migrants. Le 27 août, sont retrouvés dans un camion frigorifique abandonné sur le bord d'une route autrichienne 71 migrants syriens. Ou encore, de manière peut-être la plus symbolique, le 3 septembre, la photo d'un très jeune enfant kurde retrouvé mort sur une plage grecque, fait le tour du monde. Une liste malheureusement tout sauf exhaustive.

Crise de la solidarité européenne

Face à l'enjeu, sans précédent, force est de constater que les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne n'ont, à ce jour, pas réussi à s'entendre pour élaborer une stratégie commune et ambitieuse. Même le plan de répartition des réfugiés entre les Etats membres, sur la base de critères objectifs et quantifiables, et portant sur le chiffre modeste de 160 000 personnes, n'a pas réellement été appliqué. Des pays comme l'Italie et la Grèce se trouvent plus que jamais submergés par les arrivées. Tout comme l'Allemagne qui, à la suite d'une décision humaniste et unilatérale de la chancelière Angela Merkel, a décidé de l'ouverture de ses frontières.

En vue de l'application d'une stratégie commune, l'UE se heurte pour le moment aux très fortes réticences de pays tels que la Hongrie – qui n'a pas hésité à bâtir un mur pour freiner l'arrivée des réfugiés – la Slovaquie ou encore la Pologne, ainsi qu'à la lenteur du déploiement de certaines mesures comme celle dite des 'hotspots' – des centres censés faciliter l'accueil, l'enregistrement, puis la répartition des migrants.

Migrants secourus en Méditerranée en juin 2015

Très frileux, les dirigeants européens le sont encore davantage depuis les attentats de 13 novembre, alors que des terroristes auraient profité des vagues d'immigrations pour entrer facilement et illégalement sur le territoire de l'UE. Pour l'heure, Mme Merkel apparaît bien seule sur sa ligne d'ouverture, et doit même faire face aux critiques de son propre parti. Le Conseil européen de novembre à Malte, dédié à la question des réfugiés, n'a pas permis de faire réellement avancer les choses.

Coopération avec la Turquie et contrôle des frontières extérieures au programme pour 2016

Seul un approfondissement de la coopération avec la Turquie semble faire l'unanimité. Pays de transit et accueillant actuellement quelque 3 millions de réfugiés sur son sol, la Turquie fait incontestablement partie de la solution. Mais la dérive autoritaire de son gouvernement a suscité un grand nombre de critiques. Tout comme ses demandes de réouverture des négociations de son adhésion à l'UE et de versement d'une aide financière de 3 milliards d'euros, en échange de sa coopération en matière d'immigration, a entrainé un fort scepticisme en Europe.

Incontestablement, en 2016, l'enjeu des réfugiés, qui n'est pas appelé à se réduire naturellement dans un futur prévisible, devrait à nouveau hanter les Conseils européens. Au cours des prochaines semaines, la question du contrôle des frontières de la Grèce se pose particulièrement. Athènes refuse pour l'heure toute aide de la part de Bruxelles alors que les Européens envisagent fortement de la lui imposer, sous peine d'exclure le pays du système Schengen. A cet égard, la constitution d'un corps de gardes-frontières européen pourrait susciter un accord entre les 28, même s'il resterait à définir les conditions de son financement – le budget européen, ne représentant que 1% du PIB européen et déjà largement mis à contribution dans la résolution de cette crise, n'étant pas extensible à l'infini.