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Justice et affaires intérieures

Rétrospective 2015 (1/5) : Quand le terrorisme change la face de la France et de l'Europe

Manifestations de soutien à Charlie Hebdo, 11 janvier 2015

Alors que l'année 2015 touche à sa fin, nombre d'Européens ne s'émouvront pas. De Charlie Hebdo au Bataclan, en passant par les routes meurtrières de l'immigration ou encore le psychodrame de l'été autour d'un possible Grexit, force est de constater que les principaux événements de l'année écoulée ont heurté l'Europe. Et les contre-exemples, s'ils existent évidemment – comme l'accord historique sur le climat trouvé à la COP21 – peineront à réellement équilibrer un bilan amer.
2015 : l'annus horribilis de l'Europe ? Retour sur les douze derniers mois d'actualité européenne.

Je suis Charlie

Il n'aura fallu que sept jours pour que 2015 marque l'histoire européenne d'une sinistre manière. Le 7 janvier, les frères Kouachi, terroristes d'Al-Qaida dans la Péninsule arabique (Aqpa), frappaient les locaux du journal satirique Charlie Hebdo, cible depuis plusieurs années des fondamentalistes islamiques pour avoir produit et publié des dessins du prophète Mahomet. Au cours de l'équipée meurtrière, douze personnes, dont huit membres de la rédaction, ont trouvé la mort. Auteurs de l'attentat, les frères Kouachi seront tués par le GIGN pendant leur fuite en région parisienne.

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Le 8 janvier, en réplique de l'attentat de la veille, Amedy Coulibaly, complice des frères Kouachi, se réclamant quant à lui de l'organisation Etat islamique,assassinait une policière à Montrouge, avant de prendre, le lendemain, dix-sept otages dans un supermarché cacher, situé porte de Vincennes, faisant au final quatre morts.

Dépassant très largement les frontières de Paris et de la France, cette première série d'attentats coordonnés de l'année 2015, a suscité une immense vague d'émotion. Le message "Je suis Charlie" est à cet égard devenu le symbole international de soutien aux victimes, qu'elles soient membres de la rédaction du journal ou non. Et les manifestations monstres du dimanche 11 janvier, où se sont rassemblées plusieurs millions de personnes à Paris, en province et dans le reste du monde, resteront dans les mémoires pour leur ampleur et leur caractère pacifique. Dans la capitale française, se sont joints aux côtés du président Hollande plusieurs dizaines de dirigeants européens et internationaux, contribuant à faire de cet événement une date historique.

La France et l'Europe sous le feu des balles de l'Etat islamique

Au cours de l'année 2015, plusieurs autres attentats, de différentes natures, commis par des membres de l'Etat islamique, ont prolongé les crimes du mois de janvier. Les 14 et 15 février, des fusillades ont lieu à Copenhague, notamment lors d'une conférence intitulée "Art, blasphème et liberté d'expression, faisant trois morts (dont le terroriste) et cinq blessés. Le 21 août, un attentat survient à bord d'un train Thalys reliant Amsterdam à Paris. L'auteur, armé notamment d'un fusil mitrailleur et d'un pistolet automatique, est arrêté héroïquement dans son entreprise par trois Américains présents par hasard dans le train. Le 10 octobre, c'est la ville d'Ankara qui est frappée à son tour par l'Etat islamique, causant la mort de 102 personnes.

Puis, le 13 novembre, c'est la ville de Paris qui est à nouveau violemment frappée par une série d'attaques coordonnées visant la salle de spectacle du Bataclan, où a lieu un concert, des cafés et restaurants, ainsi que le Stade de France où se déroule un match de football en présence de François Hollande. Au total, 130 personnes ont trouvé la mort sur les différents lieux des attaques, ainsi que sept terroristes. Et à l'image des attentats de janvier, ceux de novembre ont de nouveau engendré une vague d'émotion historique, en France et dans le monde. Si des manifestations de l'ordre de celle du 11 janvier n'ont cette fois pas eu lieu, notamment pour des raisons de sécurité, les lieux frappés, notamment des 10e et 11e arrondissements font encore à ce jour l'objet de très nombreux recueillements quotidiens.

Rassemblement place de la République, 15 novembre 2015

Intervention en Syrie et réforme de Schengen en 2016 ?

Sur le plan politique, ces attaques n'ont logiquement pas été sans conséquence. Au niveau national, la France a déclaré puis prolongé l'état d'urgence, lui permettant d'accroître ses moyens policiers et judiciaires pour traquer terroristes et terroristes potentiels. Plusieurs interventions ont ainsi été menées, comme à Saint-Denis où ont été neutralisés, à la suite d'une intense fusillade, plusieurs auteurs des attentats du 13 novembre, qui prévoyaient de réitérer leurs méfaits dans le quartier d'affaires de la Défense.

Datavisualisation : lutte antiterroriste

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En Belgique, la commune de Molenbeek-Saint-Jean, dans la banlieue de Bruxelles, a été identifiée comme un important lieu de passage pour de nombreux membres de l'Etat islamique.

Tandis qu'au niveau européen, la France a demandé le soutien de ses partenaires européens pour intervenir en Syrie, pays où se trouve l'essentiel des troupes de l'Etat islamique, obtenant l'assistance du Royaume-Uni, de la Belgique et, dans une moindre mesure, de l'Allemagne. En parallèle, de nombreuses voix, partout en Europe, se sont élevées pour critiquer le fonctionnement de l'Union européenne et les défaillances de l'espace Schengen, accusé d'être inefficace pour surveiller les frontières. La réforme de ce système est actuellement discutée par les dirigeants européens. Un meilleur contrôle des frontières extérieures de l'UE fait à cet égard partie des chantiers prioritaires pour l'année 2016. A la suite des attentats du 13 novembre, la France a rétabli, comme le permet le système de Schengen, le contrôle de ses frontières.