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Royaume-Uni

Rentrée européenne : le Royaume-Uni joue la montre avant de lancer le Brexit

Theresa May et François Hollande, en juillet 2016

Outre-Manche, rien de nouveau ou presque sur le terrain du Brexit. Plus de deux mois après le résultat choc du 23 juin, et en dépit du remplacement de David Cameron par Theresa May au poste de Premier ministre, le Royaume-Uni ne semble pas prêt de déclencher l'article 50 du traité européen, procédure officielle du retrait d'un pays de l'UE. Le 16 septembre à Bratislava, le sujet devrait de nouveau être débattu par les 27 autres dirigeants européens à l'occasion d'un sommet sur la "relance de l'Europe". Peu de résultats sont toutefois attendus de cette réunion.

Concilier contrôle de l'immigration et participation au Marché unique

Le jeu de patience entre le Royaume-Uni et le reste de l'Europe sur le Brexit est parti pour durer. Choisie par le Parti conservateur pour succéder à David Cameron démissionnaire, Theresa May a en effet décidé de ne pas brusquer le processus de retrait de l'Union européenne, se donnant par la même occasion le temps d'élaborer une stratégie qui lui serait favorable. Inutile d'y voir ici une manœuvre visant à éventuellement éviter d'effectivement quitter l'UE, la nouvelle cheffe du gouvernement britannique le répète à l'envi : "Brexit veut dire Brexit", et "il n'y aura pas de second référendum".

La nomination d'une 'troïka' d'eurosceptiques à des postes stratégiques au sein de son cabinet en atteste. Figure de proue du camp favorable au départ de l'Union durant la campagne, l'ancien maire de Londres Boris Johnson est désormais ministre des Affaires étrangères. A ses côtés figureront deux autres eurosceptiques notoires, David Davis et Liam Fox, qui ont respectivement été nommés ministres du Brexit et du Commerce extérieur. Un dernier portefeuille appelé à être central dans la mesure où Londres va devoir renégocier tous ses accords commerciaux extérieurs une fois son départ de l'UE acté.



Pour tout comprendre
sur l'article 50 du traité européen prévoyant le possible départ d'un Etat membre de l'Union européenne, consultez également notre datavisualisation

Présent le 5 septembre à la Chambre des communes pour exposer la feuille de route du gouvernement sur le Brexit, David Davis a entériné cette volonté de jouer la montre. Ne donnant aucune indication quant au calendrier, ce dernier a en outre ménagé les deux principaux objectifs britanniques – reprendre le contrôle de l'immigration européenne et rester dans le Marché unique – pourtant a priori inconciliables.

Et si l'incrédulité a prévalu à la suite de son intervention à Westminster, force est de constater que M. Davis et le gouvernement ont plutôt les coudées franches sur la scène intérieure. La contraction économique du mois de juillet a en effet été effacée par de bien meilleurs résultats en août. Le Parti travailliste apparaît par ailleurs dévasté et en proie à d'intenses disputes internes pour mettre un terme au leadership de Jeremy Corbyn, jugé partiellement responsable du vote du 23 juin. Quant à la mobilisation des déçus du référendum, d'abord assez intense, celle-ci tend à se réduire, même si la pétition, signée par 4,1 millions de Britanniques et réclamant l'organisation d'une autre consultation, est actuellement étudiée par le Parlement.

Les Européens démunis pour imposer le déclenchement rapide de l'article 50

Sur le terrain européen en revanche, Theresa May fait face à davantage d'obstacles. La Commission européenne, la France ou encore l'Allemagne ne cessent en effet de réclamer l'activation de l'article 50 du traité européen avant la fin de l'année 2016, afin de clarifier la situation et lancer les négociations sur le retrait britannique.

Une demande restée pour le moment lettre morte, Mme May ayant même profité de la réunion du G20 à Hangzhou (Chine) des 4 et 5 septembre pour se rapprocher de pays comme l'Australie, l'Inde ou encore la Corée du Sud et ainsi jeter les premiers jalons en vue de futures discussions commerciales bilatérales. Une manœuvre qui a suscité la colère de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, ce dernier rappelant sèchement que le Royaume-Uni est encore un Etat membre et que les négociations commerciales relèvent "de l'attribution exclusive de l'UE".

Dans ce contexte tendu, le prochain sommet européen du 16 septembre, qui doit se tenir à Bratislava (Slovaquie), sans la participation du Royaume-Uni, ne devrait pas permettre d'avancée substantielle en la matière : les deux parties campant sur leurs positions. D'autant moins que les Européens apparaissent à l'heure actuelle particulièrement affaiblis. Pris en étau par la crise des réfugiés et la montée du populisme, Jean-Claude Juncker, François Hollande, mais aussi Angela Merkel – qui affiche un taux de popularité historiquement bas – risquent fort d'aborder cette échéance sans ambition forte.

Theresa May et Angela Merkel, en juillet 2016

Vers une relance de l'Europe a minima avant les élections de 2017 en France et en Allemagne ?

Or en filigrane, derrière les incertitudes appelées à durer quant à l'avenir du Royaume-Uni en Europe, c'est la question de la relance de l'Europe dans son ensemble – thème officiel du sommet de Bratislava – qui est battue en brèche. De fait, si d'aucuns s'accordent à considérer une refonte de l'Union européenne indispensable, la crédibilité et l'autorité des dirigeants européens censés la mener à bien est fortement entamée.

Les pistes de réflexion ne manquent pourtant pas et sous l'impulsion de Matteo Renzi, une rencontre a eu lieu le 22 août en Italie avec la participation de la chancelière allemande et du président français. Réunis à Ventotene, île où est enterré Altiero Spinelli, l'un des pères fondateurs de l'Europe et théoricien de sa vision fédérale, les trois dirigeants ont notamment évoqué la possibilité de mettre en œuvre davantage d'intégration dans les secteurs de la sécurité, de la défense et du contrôle des frontières. Matteo Renzi et François Hollande ont également fait part de leur volonté de doubler les moyens dévolus au Plan d'investissement européen ou encore de créer des actions communes en matière de fiscalité des multinationales.

Des perspectives qui supposent toutefois de convaincre Angela Merkel, traditionnellement peu ouverte sur le plan économique, et qui ne devrait pas faire montre de souplesse à l'approche d'élections législatives – prévues pour l'automne 2017. La chancelière pourrait en effet, pour la première fois depuis son accession au pouvoir en 2005, ne pas aborder cette échéance dans le fauteuil du favori. 2017, année à laquelle François Hollande ne doit également cesser de penser, peut-être au risque de tempérer également ses ardeurs européennes, un sujet peu porteur électoralement à l'heure actuelle.

Une aubaine pour Theresa May qui, d'après les observateurs, serait encline à attendre jusqu'à fin 2017, soit après les élections françaises et allemandes, avant d'officialiser la procédure de départ de son pays.