Parlement européen

Programme du Parti socialiste : relancer un projet de gauche

Martin Schulz, candidat des socialistes et démocrates européens pour la présidence de la Commission européenne

Après la déroute des élections municipales, le Parti socialiste n’a pas eu beaucoup de temps pour panser ses plaies et se rassembler pour affronter l’épreuve des européennes. Deux mois pour tirer les conclusions d’un échec, remanier un gouvernement épuisé et faire front uni derrière Martin Schulz, le candidat des Socialistes et Démocrates européens. Un délai probablement trop court pour éviter une nouvelle déconvenue et améliorer le score de 2009, pourtant déjà décevant.

Les socialistes freinés par la gifle des municipales

Les mauvais résultats aux élections municipales, associés à deux années houleuses d’exercice du pouvoir, ont placé le Parti socialiste en position de faiblesse au moment d’aborder l’épreuve délicate des élections européennes. En manque d’impulsion politique, François Hollande a de plus fait le choix d’un important remaniement, aussi bien au gouvernement qu’à la direction de son parti. Manuel Valls est nommé à Matignon, tandis qu’Harlem Désir est écarté du poste de premier secrétaire au profit de Jean-Christophe Cambadélis. En guise de solution de repli, souvent décrite comme une véritable « exfiltration », l’ancien président de SOS Racisme intègre l’exécutif en tant que secrétaire d’Etat aux Affaires européennes. Autant de péripéties retardant le coup d’envoi de l’entrée des socialistes en campagne et contribuant parfois à éroder encore davantage leur popularité.

« J’entends dire, Pervenche, tout le monde pense que tu es très compétente, mais tu es peu connue en France, avec un soupçon de gêne dans la voix. Entre nous, je préfère ça que l’inverse ! » - Pervenche Berès

Entré au gouvernement, Harlem Désir, député européen au bilan et à l’assiduité très critiqués, laisse donc sa place de tête de liste en Ile-de-France à la n°2, Pervenche Berès, eurodéputée peu connue du grand public, mais aux compétences incontestées. Plus problématiques ont été la constitution des listes pour les circonscriptions de l’Est et du Sud-ouest. Dans la première, la nomination du syndicaliste Edouard Martin a pu être vue comme « une prise de guerre » ou une tactique purement électoraliste. Et dans la seconde, au nom de l’alliance entre le PS et les Radicaux de gauche, c’est Virginie Rozière qui a été chargée de mener la campagne, une personnalité sans expérience politicienne. Dans ce contexte, l’implication du Parti socialiste dans les débats a été tardive, tout comme son plein soutien au candidat pour la présidence de la Commission européenne, Martin Schulz. Ce n’est que récemment que leurs positions se sont clarifiées sur des sujets aussi sensibles que l’avenir institutionnel de l’Union européenne et de la zone euro ou que le traité de libre-échange transatlantique.

Renouer avec les thèmes et les valeurs de la gauche

Critiqué et sanctionné par son électorat pour certaines des politiques mises en place, particulièrement sur la fiscalité et les mesures d’austérité, le Parti socialiste a logiquement orienté sa campagne pour les européennes sur des thèmes chers à la gauche. A cet égard, un site dédié, intitulé Choisir notre Europe, a été créé dans le but d’énoncer les propositions socialistes pour la prochaine législature européenne et identifier les priorités de leurs électeurs. En effet, les internautes ont été appelés à voter pour les politiques prioritaires à mettre en place. Sans surprise, ce sont les enjeux économiques et sociaux qui occupent le sommet de la hiérarchie. Défendre la qualité des services publics, assurer un droit européen à l’avortement, mettre un terme au dumping social, faire payer des impôts aux entreprises dans tous les pays où elles ont une activité ou instaurer une garantie jeunesse afin de réduire le chômage des jeunes, arrivent en tête.

« Il s’agit de choisir entre une Europe de droite qui a échoué et une Europe de gauche qui est la seule capable de relancer le projet européen » - Manuel Valls

Plus précisément, les socialistes français et européens ont formulé des propositions afin de lutter contre une concurrence exacerbée au sein de l’Union européenne et promettent par exemple d’adopter un « traité social européen garantissant à tous les salariés les droits du travail, la qualité des emplois, des rémunérations équitables, la protection sociale et le droit syndical ». Concernant l’accord de libre-échange entre l’UE et les Etats-Unis, le PS, à la différence de la gauche radicale française, ne se prononce pas pour un rejet total. Il entend néanmoins « garantir les intérêts économiques, stratégiques, sociaux et culturels de la France et de l’Europe ». Sur le plan institutionnel, les socialistes jugent nécessaire le renforcement des prérogatives du Parlement européen, en le dotant notamment de l’initiative législative, aujourd’hui réservée à la Commission, ou encore l’instauration du principe de la majorité qualifiée pour décider de tous les sujets au sein du Conseil européen. Le budget européen devrait également être accru, en accordant à l’Union de ressources propres qui seraient issues des revenus de la taxe sur les transactions financières, censée rapporter quelque 35 milliards d’euros par an. Le PS souhaite en outre développer une stratégie globale de transition écologique « touchant les politiques économique, industrielle, régionale, sociale, de l’environnement, commerciale et étrangère ».

Portrait de deux candidats : Edouard Martin et Catherine Trautmann

A l’image de l’UMP, le Parti socialiste a été critiqué pour avoir choisi de mettre en avant sur ses listes des personnalités au bilan et, ou, à l’engagement européen incertain.



Edouard Martin, ancien syndicaliste CFDT à Florange, est tête de liste socialiste dans l'Est

C’était le cas d’Harlem Désir jusqu’à ce qu’il cède sa place à Pervenche Berès. C’est le cas d’Edouard Martin, tête de liste dans le grand Est. Syndicaliste de 50 ans, élu délégué du personnel CFDT de l’usine ArcelorMittal en 1989, il est connu du grand public depuis 2009, lorsqu’il a pris la tête de la lutte contre la fermeture des hauts-fourneaux de Florange. En décembre 2013, il officialise son ralliement au Parti socialiste pour conduire la liste dans l’Est. Une décision parfois perçue comme une trahison par les syndicats et les anciens employés de Florange dont l’emploi n’a, in fine, pas été préservé, et ce en dépit des promesses de François Hollande en 2012. Au sein de la sphère politique, la nomination d’Edouard Martin en tant que tête de liste a également provoqué des critiques, ayant été parfois décrite comme une technique électoraliste.



Catherine Trautmann, ancienne ministre, eurodéputée sortante, est 2e de liste socialiste dans l'Est

Naturellement, au sein même du PS l’arrivée d’Edouard Martin n’a pas non plus été sans conséquence. Catherine Trautmann, figure tutélaire de la gauche française au Parlement européen a de fait été reléguée au second rang dans l’Est. L’ancienne ministre de la Culture (1997-2000) et ancienne maire de Strasbourg (1989-1997, puis 2000-2001) est restée discrète sur le sujet, ne médiatisant pas une éventuelle rancœur. Néanmoins, le risque est grand pour les socialistes de voir l’une de ses plus illustres représentantes et actuelle membre de la commission de l’Industrie, de la Recherche et de l’Energie, ne pas être réélue. Il s’agirait d’une grande désillusion pour celle qui fut candidate à la présidence du groupe des Socialistes et Démocrates au Parlement européen en 2012. Dans la circonscription de l’Est, comme dans le reste du pays, le score du Front national devrait être très élevé, rétrogradant le PS au 3e rang et ne lui assurant donc pas de remporter au moins 2 des 9 sièges en jeu.