Parlement européen

Programme du Front de gauche : uni contre l’austérité ?

Alexis Tsipras, candidat de la gauche radicale européenne pour la présidence de la Commission européenne

Passée la tortueuse étape de la constitution des listes, le Front de gauche, alliance du Parti de gauche, du Parti communiste et d’Ensemble, s’attaque aux européennes. Combattant l’austérité à tout crin et le traité de libre-échange transatlantique, la gauche radicale française soutient la candidature d’Alexis Tsipras à la présidence de la Commission européenne.

Le Front de gauche resserre les rangs

Les différentes composantes du Front de gauche ont longtemps peiné à s’entendre. Tant sur la répartition des têtes de listes, le choix des personnalités pour les occuper que sur la stratégie politique à adopter, rien n’a été simple. Le PCF a notamment reproché au Parti de gauche de ne pas intégrer de personnalités non-encartées, issues de la société civile. Tandis que Jean-Luc Mélenchon, également accusé « d’hyperpersonnaliser » le débat, s’est opposé à son homologue communiste Pierre Laurent, sur la vigueur des critiques à formuler aux socialistes.

" C’est le moment où il est important que les forces politiques et sociales se rassemblent et travaillent ensemble pour imposer une autre politique que l’austérité et le libéralisme " - Pierre Laurent

A l’issue des tractations, une solution équilibrée a finalement émergé. Les communistes auront 3 têtes de moste, tout comme le Parti de gauche, tandis que le parti Ensemble, souvent incarné par Clémentine Autain, aura la dernière de France métropolitaine. Les présences de Liêm Hoang-Ngoc, écarté des listes socialistes, et d’Olivier Besancenot, qui signe son retour sur le devant de la scène politique, étaient pressenties. Il n’en est finalement rien.

« L’humain d’abord »

Assez logiquement, le Front de gauche a orienté sa campagne sur le rejet des politiques d’austérité européennes, la nécessité de mettre en place des politiques sociales communes et le refus du grand marché transatlantique. Plus précisément, sur le plan économique et social, le Front de gauche propose de mettre en place des critères de convergence sociale avec, entre autres, un salaire minimum commun ou le refus de la directive européenne sur le détachement des travailleurs. Par ailleurs, la gauche radicale française entend en finir avec l’Europe de la finance. A cet égard, le Parti soutient la création d’une taxe sur (toutes) les transactions financières, couvrant les marchés des changes ainsi que les produits spéculatifs. Enfin, autre grand cheval de bataille du Front de gauche dans la campagne pour les européennes : le rejet des accords de libre-échange entre l’Europe et les Etats-Unis. Le Parti de Jean-Luc Mélenchon estime en effet que s’il devait être adopté, « ils déstabiliseraient les industries, les cultures et les agricultures. Ils permettraient l’arrivée en Europe de produits de répondant pas à nos normes sociales ou environnementales ».

"L’UE a ainsi failli dans le domaine économique avec la récession, dans le domaine social avec l’appauvrissement des populations et sur le plan géopolitique" - Jean-Luc Mélenchon

Au fond, le Front de gauche propose à ses électeurs de refonder l’Europe autour d’un leitmotiv : « l’humain d’abord ». Leur projet prévoit donc d’inclure davantage les peuples dans les décisions, par le biais de référendums, de redonner aux parlements nationaux les pouvoirs budgétaires et de renforcer les compétences du Parlement européen en lui conférant l’initiative législative. Et pour assurer la baisse du chômage, l’accroissement de la protection sociale et des revenus, le Front de gauche estime que le lancement d’un grand plan européen d’investissement est nécessaire. Il servirait à reconstruire les économies et mettre la transition écologique sur les rails.

Portrait de deux candidats : Patrick Le Hyaric et Raquel Garrido

Illustration de la cohabitation entre deux importantes forces de l’extrême gauche française, Patrick Le Hyaric et Raquel Garrido, respectivement membres du Parti communiste et du Parti de gauche, sont les n°1 et 2 de la liste Front de gauche en Ile-de-France.



Patrick Le Hyaric
, eurodéputé sortant, directeur de l'Humanité, tête de liste du Front de gauche en Ile-de-France

Chef de file, Patrick Le Hyaric est eurodéputé depuis 2009. Déjà tête de liste en Ile-de-France, il avait alors recueilli 6,32 % des suffrages, arrivant en 5e position, mais devant le Front national. Un score qui n’avait pas permis au Front de gauche d’obtenir plus d’un siège sur cette circonscription. Patron de l’Humanité depuis 2000, son engagement politique est ancien. Conseiller municipal de La Courneuve de 1989 à 2001, il était déjà candidat aux élections européennes en 2004, dans l’eurorégion Ouest. Il avait obtenu 4,1 % des voix. En tant que membre de la commission de l’Emploi et des Affaires sociales au sein du Parlement européen, il s’est notamment investi sur des sujets tels que la protection sociale pour tous, ou encore le Fonds européen d’aide aux plus démunis. Soutien d’Alexis Tsipras, Patrick Le Hyaric a déclaré ne pas être opposé à l’idée d’une grande alliance de gauche au sein du Parlement européen, afin que, si des gages sont donnés concernant la fin de l’austérité, davantage l'investissement et le rejet du traité transatlantique, l'on fasse émerger un candidat commun au poste de président de la Commission européenne.



Raquel Garrido
, avocate, 2e de liste Front de gauche en Ile-de-France

En deuxième position derrière Patrick Le Hyaric figure Raquel Garrido, avocate et membre du Parti de gauche. Née au Chili peu après le coup d’Etat de Pinochet, exilée au Canada puis en France, elle est spécialisée en droit international et fut porte-parole internationale de Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle de 2012. Proche du président du Parti de gauche, Raquel Garrido partage avec lui une grande déception vis-à-vis du gouvernement en place. S’estimant trahis depuis le référendum de 2005 dont ils jugent que le résultat a été bafoué, les représentants du Parti de gauche ont, bien plus que les communistes, attaqué le bilan de François Hollande. « Camarades socialistes, n’allez pas ajouter à toutes vos bêtises l’abstention », a ainsi déclamé celui qui est tête de liste dans le sud-est. Déjà en conflit ouvert avec José Bové – les deux hommes ont échangé des noms d’oiseau pendant la campagne – le Parti de gauche et Jean-Luc Mélenchon semblent moins enclins que le PCF à créer des alliances.