Environnement

Loi sur la transition énergétique : exception française ou logique communautaire ?

Panneaux photovoltaïques

Aujourd’hui, la loi Royal prétend réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % à l’horizon 2030 et les diviser par quatre à l’horizon 2050. Elle prévoit aussi de porter la part du nucléaire à 50 % dans la production d’électricité à l’horizon 2025 et la part des énergies renouvelables à 23 % de notre consommation énergétique finale brute d’énergie en 2020 et à 32 % en 2030. Des mesures ambitieuses sur le papier, mais qui ne constituent pas une singularité sur le plan européen. L’Allemagne a déjà abandonné l’utilisation du nucléaire. Tandis que la Suède, et sa stratégie "bas-carbone", est considérée comme l’un des pays les plus avancés écologiquement parlant.

La transition énergétique allemande ou les regrets de Fukushima

La transition énergétique allemande ou "Energiewende" est un des premiers programmes européens en la matière. Selon les données du groupe Euroconsulting, l’Allemagne prévoit l’abandon du nucléaire en 2022 et le passage à 80 % d’énergies renouvelables (EnR) d’ici à 2050.

Dans ce domaine des énergies vertes, l’Allemagne apparaît d’ailleurs en avance par rapport à ses partenaires, dont la France. Alors que les renouvelables représentent déjà 23 % du mix énergétique en Allemagne, ce chiffre constitue l’objectif français pour… 2020. Toutefois, le développement rapide des EnR en Allemagne n’est pas sans comporter des enjeux de taille pour le pays, notamment en termes d’investissements. De fait, pour atteindre le seuil des 80 %, l’Allemagne va devoir investir quelque 350 milliards d’euros et consentir une hausse substantielle du prix de l’électricité, de l’ordre de 70 % d’ici à 2020 pour compenser la sortie brutale du nucléaire, décidé après la catastrophe de Fukushima. Pas une mince affaire pour un pays ayant mis l’équilibre budgétaire sur un piédestal et qui pratique déjà parmi les prix de l’énergie les plus élevés d’Europe.

L’Italie, des ambitions modestes pour un plan en accord avec le cadre européen

En Italie, la politique de transition énergétique italienne se fait au travers de la "Stratégie énergétique nationale" (SEN). Ce document approuvé par le gouvernement italien en mars 2013 propose un corpus de mesures destiné à réduire les coûts de l’énergie et à dépasser les objectifs environnementaux fixés par l’UE. Dans ce rapport, l’Italie ne cherche pas tant à mettre en place une "transition" ou de développer tous azimuts les "énergies vertes". Plus que d’apparaître comme un modèle européen de l’écologie, le pays entend plus modestement respecter les règles communautaires en la matière et surtout réduire sa dépendance aux pays dont elle importe pétrole et gaz. En effet, 80 % des besoins italiens en énergie sont comblés par les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon…), créant une dépendance et mettant le pays en position de faiblesse, notamment vis-à-vis de pays tels que la Russie.

Le modèle suédois : une stratégie bas-carbone pour des prix élevés

Pour trouver les pays européens les plus avancés en matière de transition énergétique il faut, sans grande surprise, se déplacer au nord, et en Suède. Ce pays, qui fut l’un des tout premiers à adopter cette politique (les premières mesures datent de 1991), s’est en grande partie émancipé des ressources énergétiques étrangères puisque 85 % de l’électricité produite provient du couple nucléaire et hydraulique et 11 % d’EnR. Ainsi 96 % de l’électricité produite est totalement décarbonée. Très portée sur la protection de l’environnement, la Suède a mis en place une taxe carbone à plus de 100 euros la tonne de CO2 émis, attestant de la stratégie "bas-carbone" mise en place.

A cet égard, la Suède fait figure de modèle car malgré ces mesures très invasives économiquement, elle a pu garder une croissance régulière. Néanmoins, comme dans tous les pays ayant décidé de fournir un effort substantiel pour défendre une transition énergétique, les mesures se sont directement répercutées sur le portefeuille des foyers puisque le prix de l’électricité suédoise est l’un des plus importants d’Europe.

La prochaine étape, pour l’ensemble des pays ayant instauré des politiques nationales de transition énergétique et écologique, sera naturellement la possible harmonisation des mesures au niveau européen et la mise en place d’une politique intégrée.


* Article écrit dans le cadre d'un projet collectif avec Sciences Po Paris, dont les participants sont Hugo Lequertier, Abderrazak Ouassat, Lucile Rogissart et Claire Sandevoir