Mois de l'Europe 2017 - Dossier spécial
Parlement européen

Le Parlement européen offensif dans les négociations post-Brexit

Parlement européen

La quasi-totalité des députés européens étaient présents ce matin dans l’hémicycle du Parlement européen à Bruxelles pour participer à la session plénière exceptionnelle organisée à la suite de l'annonce du choix britannique de quitter l'Union européenne. Les présidents de groupe, la présidence néerlandaise de l'UE et la Commission européenne ont pris position avant que le Parlement n'adopte, à une large majorité, une résolution sur la décision du Royaume-Uni.

Lancer rapidement des négociations

Tour à tour, Martin Schulz, le président du Parlement européen ou encore Jeanine Hennis-Plaschaert, qui s’exprimait au nom du Conseil de l’Union européenne dans le cadre de la présidence néerlandaise, ont pris la parole dans l'hémicycle de Bruxelles ce matin pour reconnaître le résultat du référendum britannique du 23 juin. Naturellement, tous ont reconnu le scrutin comme l’expression du peuple britannique et insisté sur la nécessité de respecter cette volonté.   

Autre moment fort de cette session plénière extraordinaire : l'intervention d'Alyn Smith, eurodéputé écossé membre du SNP (Parti national écossais). "Je suis fier d’être Ecossais, mais je suis aussi fier d’être Européen [...]. Je demande à ce que ce statut de pro-européen soit respecté. Nous ne vous avons pas laissé tomber, alors que je vous en conjure, ne nous laissez pas non plus tomber", a-t-il déclaré avant d'être accueilli par une standing-ovation.

Mais passée cette formalité, les prises de positions ont été résolument offensives. Les présidents des différents groupes politiques européens ont ainsi évoqué leur volonté de clarifier la situation, en demandant à David Cameron d'enclencher le plus rapidement possible l’Article 50 du traité sur l'Union européenne (TUE) afin de pouvoir démarrer les discussions sur les modalités de sortie du Royaume-Uni. "Nous ne pouvons pas nous installer dans une incertitude prolongée", a ainsi déclaré Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne.

L’important, a poursuivi Jean-Claude Junker est donc de "rassurer les Européens et ceux qui nous observent" – une allusion évidente à la grande volatilité des marchés financiers depuis vendredi. Et Jeanine Hennis-Plaschaert d'insister : "pour que la relation future soit constructive et mutuellement avantageuse, nous attendons des nouvelles de Londres pour prendre les décisions nécessaires et aller de l’avant". "L'unité demeure le meilleur choix", a-t-elle fait valoir.

Crise des réfugiés, réchauffement climatique, mondialisation, crise économique et sociale... les principaux défis européens sont passés en revue. "Nous devons voir l’Union européenne non pas comme une menace mais comme une extension de nos identités nationales", reprend alors Mme Hassen-Plaschaert. Une unité qui doit être renforcée : même s’il "sera difficile de s’accorder, de travailler en coopération, nous devons nous forcer pour le bien-être, la croissance".

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Revenir aux fondamentaux et encourager le Pacte de responsabilité

Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge et président du groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), a par exemple à nouveau proposé de revenir aux idées des pères fondateurs et appelle à la mise en œuvre d’un "gouvernement effectif pour l’Europe et pour la zone euro". Quant à Gianni Pittella, le président des Socialistes et Démocrates au Parlement européen (S&D) suggère de créer "un véritable espace politique européen", comprenant notamment "lors des prochaines élections européennes, l’élection du président de la Commission européenne au suffrage universel direct". Une piste de réflexion faisant écho à la tribune publiée le matin même par Sigmar Gabriel, président du Parti social-démocrate allemand (SPD) et Martin Schulz stipulant que "nous devons refaire de la politique" au sein de l’Union européenne.

Toutefois, si les différents responsables politiques européens se sont montrés inspirés dans leurs interventions, les orientations concrètes, notamment en matière économique, de cette relance de l'Europe resteront à préciser. De fait, si Jean-Claude Juncker a insisté sur la nécessité de veiller au respect du Pacte de stabilité et de croissance et de poursuivre sa feuille de route stratégique, les objectifs européens suivis par la Commission européenne ne font pas consensus.

Pour Philippe Lamberts, chef de file des Verts au Parlement européen, c’est une politique qui aurait pour conséquence de "brider la capacité des Etats à assumer leurs missions de service public", notamment en imposant des règles de dérégulation, et de "préférer l’opacité à la transparence pour éviter de payer le prix politique des décisions". "Est-il possible de remettre la dignité humaine au cœur de la politique?", interroge l'eurodéputé belge. "Tout cela est possible à condition de le vouloir et si l’UE sait se faire l’instrument de cette volonté elle retrouvera la confiance. Mais le temps nous est compté, l’Europe a suffisamment connu le pire pour ne pas seulement espérer mais construire le meilleur", estime-t-il.

Nigel Farage et Marine Le Pen, chantres de la fin de l’Union européenne

Evidemment, tous ces discours, résolument pro-européens, se sont heurtés à la rhétorique des forces eurosceptiques du Parlement européen. Le sourire aux lèvres après son triomphe du 23 juin, Nigel Farage, patron du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) a martelé : "vous n’avez jamais dit la vérité, vous nous avez imposé une union politique et lorsqu’en 2005, la France et le Pays-Bas se sont prononcé contre le traité de Lisbonne, vous l’avez fait passé par la porte de derrière".

Tout comme M. Farage, Marine Le Pen, tête d'affiche du groupe d'extrême droite, Europe des Nations et des Libertés (ENL), s'est félicitée de la sortie du Royaume-Uni de l’Union, ce qu’elle a qualifié de "gifle pour le système européen fondé sur le mensonge". Ne reculant devant aucune formule caricaturale, la présidente du Front national a également présenté l'Union européenne comme une "organisation dictatoriale", appelant de ses vœux de nouveaux référendums à travers l'Europe. En phase avec sa rivale d'extrême droite, Nigel Farage est quant à lui allé jusqu'à prédire le délitement de l'Union : "Le Royaume-Uni ne sera pas le dernier à quitter l’UE", a-t-il prédit.

 

* Article rédigé par Justine Daniel dans le cadre de notre partenariat avec Open diplomacy