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Immigration et asile

La Grèce, paria de l'espace Schengen ?

Arrivée de réfugiés en Grèce, en octobre 2015

Mardi 2 février, la Commission européenne a adopté une série de recommandations afin que les "négligences graves" de la Grèce dans son contrôle des frontières extérieures de l'UE soient corrigées. Une décision lourde de conséquences, qui pourrait mettre de facto la Grèce à la marge de l'espace Schengen et permettre à l'Allemagne de prolonger le contrôle de ses frontières avec l'Autriche pendant deux années supplémentaires sans contrevenir aux règles européennes.

L'Allemagne sous pression

La crise des réfugiés se poursuit en Europe, sans que l'hiver ne vienne même réduire son intensité. Plusieurs dizaines de milliers de migrants ont rejoint le territoire de l'UE depuis le début de l'année 2016 et plusieurs dizaines ont de nouveau péri lors de leur traversée de la mer Egée, qui sépare la Grèce de la Turquie.

Au total, environ 900 000 réfugiés ont atteint l'Europe via la Grèce en 2015, et 60 000 depuis le 1er janvier dernier. Ces derniers cherchant, pour leur grande majorité, à poursuivre leur périple en direction de l'Allemagne, qui a ouvert ses frontières à partir de l'été 2015, ou encore l'Autriche et la Suède. De quoi placer ces gouvernements sous une pression sans précédent, à plus forte raison depuis le drame de la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne, lorsque plus de 750 femmes ont été agressées, parfois sexuellement, par des migrants, venus pour la plupart d'Afrique du Nord.

Evaluation Schengen

C'est dans ce contexte extrêmement tendu que la Commission européenne a examiné son "évaluation Schengen", réalisée en novembre 2015 à la frontière gréco-turque. Sa conclusion est sans appel : "la Grèce néglige gravement ses obligations et il existe des manquements graves dans l'exécution des contrôles aux frontières extérieures que les autorités grecques doivent surmonter et résoudre", est-il indiqué.

Suite annoncée de cette évaluation, les commissaires, réunis en collège le 2 février, ont validé une série de recommandations destinées à corriger ces "négligences graves". La Grèce dispose désormais de trois mois pour satisfaire les exigences de la Commission européenne et des Etats membres. Une véritable et nouvelle humiliation pour le pays qui, par l'intermédiaire d'Olga Gerovassili, porte-parole du gouvernement, n'a pas hésité à qualifier cette décision de "chantage". "Les flux de réfugiés dépendent surtout de la Turquie et de la manière dont elle applique les accords [avec les Européens, signés en novembre 2015]. S'ils n'avancent pas, ce n'est pas la faute de la Grèce", a-t-elle argué.

Hypocrisie

Pour de nombreux observateurs, dont Michel Vakaloulis, récemment invité sur le plateau de l'émission 28 minutes [voir vidéo ci-dessous], cette décision, soutenue par de nombreux Etats comme l'Allemagne, l'Autriche, la Slovénie, ou encore la Hongrie revient à "mettre la question des réfugiés sous le tapis". D'autant plus que "personne en Europe ne respecte les engagements de répartition des réfugiésActualité", et que la Grèce est déjà accablée par une récession économique sans précédent.

Un sentiment "d'hypocrisie" partagé par Pierre Lellouche, député républicain et ancien ministre des Affaires européennes également invité de 28 minutes, selon qui l'incapacité de la Grèce à contrôler ses frontières extérieures est antérieure à la crise des réfugiés. Selon l'ancien ministre des Affaires européennes, la Grèce n'est pas responsable des flux migratoires actuels, largement amplifiés par "l'appel d'air" permis par Berlin.

Retour des frontières

Début mai, si, comme cela est plus que plausible, la Grèce n'est pas parvenue à rétablir le contrôle de son immense frontière maritime et terrestre, le pays pourrait donc se retrouver au ban de l'espace Schengen. Alors que l'exclusion formelle d'un pays n'est pas prévue par les traités, le rétablissement temporaire des contrôles aux frontières intérieures de l'espace Schengen est en revanche possible pour pallier à de "graves manquements".

Une solution qui conviendrait idéalement à la chancelière allemande, de plus en plus incitée à prendre des mesures restrictives vis-à-vis des réfugiés, et qui souhaite ardemment pouvoir maintenir les contrôles à la frontière germano-autrichienne pendant encore deux ans. Seule la procédure à l'encontre de la Grèce pourrait ainsi l'y autoriser. De cette manière, les gouvernements d'Europe centrale espèrent bloquer la route des Balkans, quitte donc à abandonner la Grèce à son sort et, de nouveau, à renoncer à la solidarité.

Visionnez également l'émission 28' minutes d'Arte du 28 janvier 2016 autour de la question : Migrants : faut-il sortir la Grèce de Schengen ?