Dossier spécial L'Europe dans la Présidentielle
France

Fact-checking : le programme européen de Marine Le Pen analysé par la presse française

Marine Le Pen

A l'approche du premier tour de l'élection présidentielle française, qui se tiendra le 23 avril, les propositions des différents candidats s'accumulent. S'agissant des questions européennes, pour y voir plus clair, Toute l'Europe recense l'ensemble du fact-checking réalisé par la presse française.

Ici, Marine Le Pen, candidate du Front national.

Agriculture

     La mesure : "Transformer la Politique agricole commune en Politique agricole française. Garantir le montant des subventions dont les critères seront fixés par la France et non plus par l’Union européenne" - Programme électoral du Front national

  • "Impossible", estime Contexte, à moins de sortir de l'Union européenne. "La PAC est la plus vieille politique commune et celle qui est la plus intégrée. Tout se décide en co-décision entre le Parlement et les Etats, après proposition de la Commission européenne.

     La Déclaration : "Je vous rappelle quand même que la Suisse a des droits de douane agricoles, je crois, de près de 55%. Que la Corée du Sud a des droits de douane agricoles de près de 41%. Et ils vont très bien".

  • Cela n’a guère de sens selon Le Monde. On ne peut en effet par parler de "droits de douane agricoles en général, car ceux-ci varient énormément en fonction de plusieurs critères : le pays d’origine, le type de produit agricole et la quantité importée. La télévision suisse RTS a calculé que le taux moyen de droit de douane pour les produits agricoles entrant en Suisse s’élevait plutôt à 5,1% – très loin des 55% mentionnés par la candidate du Front national. Quoi qu’il en soit, l’exemple de la Suisse est très mal choisi, car elle dispose d’accords commerciaux préférentiels avec son principal partenaire commercial, l’Union européenne – d’où proviennent les trois quarts de ses importations agricoles. Quant à la Corée du Sud, elle a fait le chemin inverse du protectionnisme, en signant en 2011 un accord commercial avec l’Union européenne".

Emploi & Social

     La mesure : "Supprimer la directive détachement des travailleurs" - Programme électoral du Front national

  • "Un remède pire que le problème", juge à nouveau Contexte. "Si le FN suspend l'application de la directive travailleurs détachés à son arrivée au pouvoir, il supprimera de facto l'obligation créée par le texte pour l'employeur de respecter la législation du pays d'accueil de l'employé, et donc le salaire minimum. À la place, ce sera le principe du pays d'origine qui fera loi. Cela permettrait donc aux entreprises polonaises de payer légalement au niveau polonais leurs travailleurs envoyés en France...".

Consultez également notre recensement des fact-checkings concernant :

- François Fillon
- Benoît Hamon
- Emmanuel Macron
- Jean-Luc Mélenchon

Euro

     La déclaration : "Les prix ont explosé quand on est passé à l'euro" - le 23 mars 2017 sur RMC

  • "Faux", répond Le Figaro : "Les prix ont davantage progressé pendant la décennie précédant le passage à l'euro que pendant celle qui l'a suivi". Par ailleurs, "le pouvoir d'achat par tête s'est accru sur cette période, d'environ 8%". Si "certains produits, parfois symboliques, ont vu leur prix augmenter plus que d'autres (...), ces hausses ne sont pas directement imputables à l'euro".

     La déclaration : "La chute de la production industrielle en Espagne, en Italie et en France a évidemment un lien avec l'euro" - le 20 mars 2017 sur TF1

  • Si les faits énoncés par Marine Le Pen sont "justes", "c'est le commentaire et les conclusions qu'elle est tire qui sont erronés", analyse le Huffington Post : "même une sortie de l'euro menée de main de maître ne réglerait pas du jour au lendemain tous les problèmes de l'industrie française. Surtout si, comme le souhaite Marine Le Pen, le nouveau franc vaut autant que l'euro. Les coûts salariaux restent en France "généralement trop élevés par rapport à son niveau de gamme, exception faites des industries aéronautique, pharmaceutique et du luxe, où la France est une référence de qualité".
  • En outre, une sortie de la monnaie unique provoquerait aujourd'hui une "fuite massive de capitaux", rappelle Cnews. "Les investisseurs retireraient leurs fonds placés en France (Bourse, banques...) pour les investir en dehors des frontières hexagonales. Une sortie de l'euro, provoquerait également une hausse des taux d'intérêts pour la dette française".

Immigration & Schengen

     La mesure : "Rétablir les frontières nationales et sortir de l’espace Schengen (un dispositif particulier pour les travailleurs frontaliers sera mis en place pour leur faciliter le passage de la frontière)" - Programme électoral du Front national

  • "De tous les projets du FN concernant l'UE et la France, ce n'est pas le plus invraisemblable", estime Contexte. Le site rappelle en effet que plusieurs pays sont dans l'UE sans être dans Schengen. Mais "cette mesure aura un coût puisque les contrôles aux frontières freineront les échanges commerciaux". Quant à l'idée de créer un dispositif spécifique pour les travailleurs frontaliers, encore faut-il qu'il soit accepté par les autres pays. Par ailleurs, "sortir de Schengen ne permettra pas pour autant à la France d'interdire l'entrée du territoire aux ressortissants de l'UE, puisque celle-ci est garantie par les libertés de circulation et d'installation. Pour revenir là-dessus, il faut sortir de l'UE."

     La mesure : "Interdire les doubles nationalités, sauf pour les ressortissants de l'UE. C'est le cas en Allemagne" - le 9 février sur France 2

  • Le Point remarque que Marine Le Pen oublie "un texte voté par le Bundestag, le Parlement allemand, en juin 2014, et qui reconnaît et autorise la double nationalité". L'hebdomadaire précise que "la mesure, qui renforce la loi de 2000, permet notamment aux enfants d'immigrés d'obtenir les deux passeports".

     La déclaration : "500 000 migrants présents en Allemagne se sont dispersés dans toute l'Union européenne à cause de Schengen" - le 9 février 2017 sur France 2

  • Pour Le Monde, la candidate du Front national "semble faire référence à un chiffre publié en avril 2016 (...) par le ministère allemand de l’Intérieur". Celui-ci affirmait que 500 000 réfugiés vivaient dans le pays sans s’être enregistrés comme demandeurs d’asile – notamment par peur d’être expulsés en cas de rejet de leur demande. Mais rien n’indique que ces personnes se sont "dispersées" dans le reste de l’Europe.

     La déclaration : "(...) les dispositifs qui permettent à des gens de toucher des minimums vieillesse avec le seul critère d’arriver en France, d’avoir 65 ans, sans avoir jamais ni travaillé ni cotisé en France, et on arrive à délivrer, je ne sais plus, 750 euros par personne, 1 500 euros pour un couple" - le 8 décembre à l'institut BVA.

  • Contrairement à ce que dit la candidate, l'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) de plus de 65 ans est bien ouverte aux étrangers, mais sous conditions. Comme l'explique Le Monde, il faut soit résider en France de manière régulière et avoir un titre de séjour autorisant à travailler depuis dix ans au moins, soit être réfugié, apatride ou bénéficier de la protection subsidiaire ou avoir combattu pour la France, soit être ressortissant d’un Etat membre de l’Espace économique européen ou de la Confédération suisse. On comptait 68 827 bénéficiaires de cette allocation en 2015, dont 30,9% d’entre eux étaient étrangers, un chiffre resté stable ces dernières années.



Pour découvrir l'ensemble de notre couverture des enjeux européens de l'élection présidentielle française, consultez également notre dossier spécial

     La déclaration : "Au moins quatre terroristes se sont glissés parmi les flux de migrants" sur le sol Français - le 20 mars 2017 sur TF1.

  • "Faux", rétorque Le Figaro : "Après les attaques de Paris du 13 novembre 2015, on sait que deux des trois kamikazes du Stade de France ont en effet été contrôlés à la frontière grecque début octobre 2015".

Réforme des traités

     La mesure : Restituer "au peuple français sa souveraineté (monétaire, législative, territoriale, économique). Pour cela, une négociation sera engagée avec nos partenaires européens suivie d’un référendum sur notre appartenance à l’Union européenne" - Programme électoral du Front national

  • En proposant de 'négocier' de nouveaux traités, Marine Le Pen veut "s'inscrire dans la lignée de l'ancien Premier ministre britannique David Cameron", rappelle Contexte. Celui-ci avait obtenu quelques concessions pour tenter d'éviter un Brexit. Or, ce que réclame le FN dans son programme est bien plus conséquent" et contredit les "valeurs actuelles de la construction européenne" : "en finir avec la primauté du droit européen sur le droit français", "un contrôle total sur les frontières françaises" et un rétablissement des "droits de douanes", ainsi qu'une cohabitation de la monnaie commune et des monnaies nationales. Conclusion : un projet qui "ne laisse planer aucun doute sur l'issue d'une prétendue négociation avec le reste des Européens".
  • "Simplification à l’extrême de la question et flou autour de la mise en œuvre", tels sont les mots de Médiapart pour qualifier par ailleurs la proposition de référendum. "Marine Le Pen fait comme si la France était seule à décider de son destin au sein de l’Union européenne".

     La déclaration : "L'Europe que je veux, c'est l'Europe des nations et des coopérations. C'est une Europe dans laquelle (...) il y a un projet. Qui veut participer à ce projet le peut. Personne n'est contraint de le faire (...). Mais dites-moi, c'est exactement Erasmus. Et Erasmus, ça n'a rien à voir avec l'Union européenne" - le 29 juin 2016 sur LCI

  • Une déclaration totalement erronée : comme le rappelle Le Lab, le célèbre programme d'échange d'étudiants entre les universités et les grandes écoles européennes est bien né grâce à l'Europe, à l'époque réunie sous la CEE. C'est d'ailleurs sous l'impulsion de la décriée Commission européenne et de son président de l'époque Jacques Delors qu'a été lancé, en 1987, ce programme de mobilité.

     La mesure : "Renégociation des traités européens"

  • "Trompeur et dangereux", d'après Le Monde (qui évoque conjointement les positions sur l'Europe de Marine Le Pen et Jean Luc-Mélenchon)ces mesures "ne rendront pas sa souveraineté à la France, qui l’a beaucoup moins perdue [que Mme Le Pen et M. Mélenchon] le prétendent (la Commission de Bruxelles n’a presque aucun mot à dire sur les politiques sociale, étrangère ou de défense des pays membres). Ils risquent en revanche – si l’un des deux est élu président et tient ses promesses – de plonger l’Union européenne (UE) – et l’Hexagone – dans une crise plus grave que toutes celles qu’elle a connues jusqu’à présent".

 

Turquie

     La déclaration : "L'Union européenne continue de payer des sommes considérables à la Turquie en vue de son adhésion" - le 3 janvier 2017 sur RMC

  • "Pas plus que pour tout candidat", tempèrent Les Echos. En effet, lors des négociations d'adhésion d'un pays (depuis 2005 pour la Turquie), celui-ci reçoit des fonds destinés à l'aider à préparer son économie et son appareil politico-administratif à une future adhésion. Ce sont ainsi 4,45 milliards d'euros qui devraient être versés au pays de 2014 à 2020. Car la Turquie est toujours officiellement candidate, même si les relations avec l'Union européenne se sont détériorées ces dernières années. Le Parlement européen a réclamé fin novembre le gel des négociations d'adhésion, mais les dirigeants ne sont pas sur cette ligne. "Ils jugent qu'à l'heure où le pouvoir turc est impliqué dans la guerre en Syrie et se rapproche dangereusement de la Russie, ce serait le pire moment de couper les ponts".