Parlement européen

Européennes 2014 : le 2e tour a commencé pour les vainqueurs

Jean-Claude Juncker, candidat à la présidence de la Commission européenne

Le 25 mai, les électeurs ont rendu leur verdict quant aux élections européennes 2014. Le Parti populaire européen devance de 26 sièges les socialistes et démocrates, tandis que les partis souverainistes et d’extrême droite enregistrent une forte progression. Toutefois, la nomination de Jean-Claude Juncker, candidat du PPE, au poste de président de la Commission européenne n’est pas encore certaine. Tout comme la capacité des partis antieuropéens à s’entendre pour constituer un ou plusieurs groupes politiques n’est pas assurée.

Jean-Claude Juncker, vainqueur évincé ?

Les institutions l’avaient promis, cette fois, ce devait être différent. Les élections européennes 2014 seront plus démocratiques et politisées que les précédentes. De fait, les électeurs ne seront pas appelés aux urnes uniquement pour renouveler le Parlement européen, mais également pour décider du prochain président de la Commission européenne. Les partis européens, parfois de mauvaise volonté, ont fini par jouer le jeu, investissant un candidat par le biais d’élections primaires. Arrivé en tête avec 212 sièges, c’est donc au Parti populaire européen de proposer son candidat, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. La tâche lui revient de chercher un compromis afin d'obtenir une majorité de soutiens au sein du Parlement.

Or le Conseil européen, composé des chefs d’Etat et de gouvernement, comme il l’avait d’ailleurs répété au cours de la campagne, pourrait en décider autrement. M. Juncker ne suscitant pas l’enthousiasme de tous, y compris au sein de sa famille politique, et compte tenu de la forte progression de l’extrême droite, les dirigeants européens sont donc susceptibles de proposer une autre personnalité. Le nom de Christine Lagarde, actuelle directrice du Fonds monétaire international, revient ainsi avec insistance, ayant la préférence de la chancelière allemande Angela Merkel et du Premier ministre britannique David Cameron.

Pour le choix du président de la Commission, le Conseil européen est chargé de proposer un candidat au Parlement. Ce dernier a alors la possibilité de l'approuver ou de le rejeter, disposant de fait d'un droit de véto.

Par conséquent, une situation de blocage entre les deux institutions n’est pas totalement à exclure. Aucune des deux n'a en effet les moyens d’imposer un nom sans l’assentiment de l’autre. Et le Parlement, qui cherche à s’appuyer sur son élection démocratique pour affirmer ses pouvoirs, semble enclin à défendre la candidature de Jean-Claude Juncker. Pourtant adversaire politique, le parti des socialistes et démocrates, par l’intermédiaire de son président, l’Autrichien Hannes Swoboda, s’est ainsi déclaré prêt à discuter avec l’ancien Premier ministre luxembourgeois pour trouver un compromis. Une position que partage Guy Verhofstadt, représentant des libéraux et démocrates, situé au centre de l’échiquier politique européen.

Actuel président du Conseil européen, Herman Van Rompuy a été chargé de mené des consultations et des négociations avec les différentes parties prenantes au cours des trois prochaines semaines. En cas de blocage persistant, les tractations pourraient durer plus longtemps, mais il est certain que les chefs d’Etat et de gouvernement souhaiteraient être en mesure de présenter un candidat susceptible d’être élu lors de la session plénière qui doit se tenir à Strasbourg à la mi-juillet.

Marine Le Pen et Nigel Farage en quête de partenaires

Pour la constitution des groupes politiques également, le temps est compté. Ces derniers, qui doivent être composé d’au minimum 25 eurodéputés venant de sept partis et pays différents, ont jusqu’au 24 juin pour se déclarer, faute de quoi ils ne pourront prétendre à des postes d’influence au sein du prochain Parlement. L’enjeu est d’autant plus important que la constitution en groupe politique donne droit à un soutien financier considérable et à un temps de parole accru lors de sessions plénières.



Marine Le Pen
, dirigeante du Front national, peut compter sur des partenaires néerlandais, autrichien, italien et belge pour la constitution d'un groupe politique d'extrême droite.

Grâce à leurs scores importants, les partis souverainistes, populistes et, ou, extrémistes européens, vont naturellement chercher à s’allier pour créer de tels groupes. Les deux figures de proue de ces partis antieuropéens sont naturellement le Front national français et le UKIP britannique. Or ce dernier, de droite souverainiste, a exclu tout accord avec le parti de Marine Le Pen, le jugeant infréquentable. Dans ce contexte, la compétition est lancée entre les deux formations politiques arrivées en tête dans leurs pays respectifs pour trouver au moins 6 partenaires.

Pour l’heure, le Front national peut d’ores et déjà compter sur le soutien du Parti de la liberté du Néerlandais Geert Wilders, connu pour son islamophobie, du Parti de la liberté autrichien, allié traditionnel, ainsi que de la Ligue du Nord italienne et du Vlaams Belang belge. Ces deux dernières alliances étant plus fragiles en raison du caractère régionaliste de ces deux partis. Le Parti national slovaque aurait dû figurer parmi cette alliance, mais son faible score ne lui a octroyé aucun eurodéputé. Quant aux Démocrates suédois, ces derniers pourraient finalement rallier le UKIP.



Nigel Farage
, chef du UKIP, compte parmi ses alliés des partis suédois, danois et finlandais pour la formation d'un groupe politique de droite souverainiste.

Nigel Farage, leader de ce parti prônant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, peut quant à lui compter sur le Parti du peuple danois ainsi que sur les Vrais Finlandais. Pour compléter son groupe, il cherchera donc à convoiter, comme Marine Le Pen, des formations politiques telles que le Congrès de la nouvelle droite polonaise ou encore le parti Ordre et justice lituanien. En outre, le mouvement 5 étoile de l’humoriste italien Beppe Grillo est également visé, en dépit de son positionnement politique extrêmement flou.

Au Parlement européen, l’alliance des partis des droites populistes et extrémistes européens est traditionnellement difficile. S’ils se retrouvent autour d’un argumentaire anti-européen, leurs idéologies et ambitions demeurent souvent inconciliables. A cet égard, des partis comme l’Aube dorée grecque, le Jobbik hongrois ou le Parti national-démocrate allemand sont exclus par nature, en raison de leur caractère xénophobe, voire néonazi. Par conséquent, il est possible que le Front national et le UKIP ne parviennent tous deux à former un groupe politique, ce qui atténuerait significativement la portée de leur victoire du 25 mai.