Royaume-Uni

Brexit : l’Union européenne n’est pas à l’abri d’une récession britannique

City de Londres

Malgré les discours rassurants du Conseil européen post-Brexit, l’agence de notation Standard and Poor’s a dégradé, lundi, la note du Royaume-Uni de deux rangs, faisant donc perdre au pays son triple A et confirmant la perte de confiance des marchés financiers. Hier, la même décision a été prise concernant l'Union européenne, dont la note passe de AA+ à AA. L’incertitude plane donc sur les économies britannique et européenne tandis que les conséquences du Brexit sur l’économie réelle apparaissent inévitables.

La BCE possède encore des outils d’intervention

Quatre jours après le choix des Britanniques de sortir de l'UE, les principales places boursières européennes ont clôturées à la baisse. Londres a ainsi perdu 2,76%, Francfort 6,82% et Paris 8,04%. Après plusieurs jours de dégradation des indices boursiers, ces derniers ont renoué avec la croissance mardi et le CAC40 a clôturé à 2,60%. La livre est remontée légèrement, mais a perdu de sa valeur durant 5 jours consécutifs avec une dépréciation de 11% en 24 heures.

Mercredi 29 juin, réunis en Conseil européen les chefs d’Etat et de gouvernement ont tenté de rassurer les investisseurs sur les capacités de la politique monétaire à faire face à une éventuelle récession britannique et sur les conséquences sur l’économie européenne. "A la suite du résultat du referendum britannique, la BCE surveille les marchés financiers de très près en contact étroit avec d’autres banques centrales […] et continue de remplir ses responsabilités afin d’assurer la stabilité financière et la stabilité des prix dans la zone euro", peut-on lire dans un communiqué de la BCE.

Se voulant rassurant, Donald Tusk, citant Mario Draghi, a indiqué que les effets négatifs étaient moins importants que prévu. Une position qui a pour objectif de faire retomber le climat d’incertitude sur les marchés financiers et qui semble porter ses fruits.  La livre a ainsi légèrement repris de la valeur par rapport au dollar en passant de 1,33$ à 1,35$.

Quoi qu’il en soit, même si le principal taux d’intérêt directeur de la Banque centrale européenne a atteint son seuil minimum, cette dernière possède encore de nombreux outils à sa disposition pour intervenir sur les économies européennes. C'est le constat de Denis Ferrand, directeur général du Centre d’observation économique et de recherche pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises (Coe-Rexecode), qui explique que la BCE dispose de "marges de manœuvre pour faire face au risque de réapparition d’écarts de taux de refinancement des dettes souveraines entre les pays membres de l’Union Européenne". Une politique monétaire non-conventionnelle qui passe par différents programmes tels que les opérations monétaires sur titres (OMT). Agréé sous conditions par la Cour constitutionnelle de Karlsruhe pas plus tard que la semaine dernière, elle permet à la BCE "d’intervenir de manière ciblée sur des titres spécifiques."

Des conséquences sur l’économie britannique

Au-delà des conséquences sur les cours des indices boursiers, le Brexit pourrait avoir d’importantes répercussions sur l’économie réelle. Le secteur agricole pourrait par exemple être touché par la sortie du Royaume-Uni de l’UE puisque 185 000 fermes britanniques se partagent chaque année 3 milliards et demi d’euros dans le cadre de Politique agricole commune (PAC). Ces subventions pourraient être supprimées à l’issue des négociations, soit dans deux ou trois ans. En plus de perdre ces aides, les agriculteurs et les entreprises britanniques possédant un rayonnement international devront subir la baisse des prix à l’exportation et une augmentation des prix des biens importés, une conséquence de la dépréciation de la livre.

Des conséquences économiques du Brexit qui semblent, fait habituellement rare, avoir fait l’objet d’un consensus au sein de la profession. Dans une tribune parue durant la campagne pour le référendum, douze lauréats du prix de la Banque de Suède – Georges Akerlof, Kenneth Arrow, Angus Deaton, Robert Sollow ou encore Joseph Stiglitz – ainsi que 175 économistes travaillant au Royaume-Uni expliquent les conséquences économiques d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE : "Une récession à l‘origine de destructions d’emplois deviendra significativement plus probable du fait du choc et de l’incertitude causée par le Brexit", estiment-ils.

Une position partagée par Denis Ferrand selon qui le fait "qu’il y ait une récession au Royaume-Uni ne semble pas surprenant […] même si tout dépendra de l’ampleur de la dépréciation de la livre et surtout de l’évolution des anticipations d’investissement dans un climat devenu bien plus incertain avec une probable ouverture de longues négociations". L’économiste précise qu’"il ne faut pas oublier que l’économie britannique était déjà engagée dans une voie peu favorable. En effet, la consommation des ménages est en train de ralentir". Le Brexit aura donc pour effet d’amplifier ce ralentissement.

Une transmission de la récession britannique aux autres économies européennes est envisageable

Les négociations entre les 27 et le Royaume-Uni devraient avoir lieu au cours des deux prochaines années. Une période de temps durant laquelle l’avenir du Royaume-Uni est incertain et une situation pouvant "créer de l’attentisme" selon Denis Ferrand. L’économiste explique que la transmission d’une récession britannique peut également se faire par "la dépréciation de la livre qui se traduit par une amputation du pouvoir d’achat des ménages".

Le Directeur général de Coe-Rexecode évoque, à titre d’exemple, le secteur du tourisme : "Les Britanniques sont les seconds visiteurs étrangers qui viennent en France en nombre derrière les Allemands", explique l’économiste. Un chiffre à mettre en parallèle avec le fait que "les recettes en provenance des seuls touristes britanniques représentent 4,7 milliards d’euros c’est-à-dire 0,2 point du PIB de la France".

Les conclusions semblent finalement être les mêmes qu’avant le Conseil européen : les entreprises et les places financières restent face à une certaine forme d’incertitude tant que les négociations qui permettront de déterminer le futur statut du Royaume-Uni ne sont pas terminées ou du moins enclenchées. Les agences de notation ont d'ailleurs d'ores et déjà pénalisé l'Union européenne dans son ensemble en revoyant à la baisse, jeudi, la note de l'Union, qui passe de AA+ à AA.

 

Article rédigé par Justine Daniel dans le cadre de notre partenariat avec Open Diplomacy