Royaume-Uni

Brexit : David Cameron a assisté à son dernier Conseil européen

David Cameron dernier Conseil européen

C'est sur un constat douloureux que le Conseil européen s’est réuni hier soir pour une dernière réunion à 28 États membres. "Le résultat de la campagne référendaire au Royaume-Uni nous rappelle que nous avons failli et le réveil est brutal (…) il est essentiel de présenter une vision pragmatique de l’Europe avec des résultats concrets", a résumé Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais qui assure la présidence du Conseil de l’Union européenne.

Le Conseil européen ne veut pas brusquer le Royaume-Uni, mais reste ferme

"Le Brexit aura lieu" a confirmé la chancelière allemande Angela Merkel. Mais malgré le choc, les premières discussions d'hier ont été calmes, a affirmé le président du Conseil européen et le Premier le Premier ministre britannique David Cameron les a même qualifiées de "constructives".

La France a rappelé sa position ferme sur le Brexit. Rappelant également que l'Union européenne n'échapperait pas au Brexit, François Hollande s'est montré inflexible sur la qualité de la future relation euro-britannique. Le chef de l'Etat est apparu tout de même plus ouvert sur le calendrier des négociations avec Londres. Il a indiqué qu'il reviendrait au prochain Premier ministre britannique d'enclencher le Brexit en notifiant par écrit la décision souveraine du peuple britannique au Conseil européen  par l'activation de l'article 50 du Traité sur l'Union européenne.

Ce "référendum peut servir d'expérience" à tous les eurosceptiques, il ne s'agit "en aucun cas de faire payer le Royaume-Uni ou de malmener David Cameron" car "cela reviendrait à humilier le peuple britannique", a souligné François Hollande. Mark Rutte a aussi insisté : "Il n'y a personne à punir", a-t-il déclaré. 

Certes, le président de la République ne cache pas son espoir que le Brexit puisse dissuader les électeurs souverainistes de demander un tel référendum en France. Pour autant, il n'est pas question de dégrader la relation bilatérale de premier ordre qui existe entre Paris et Londres, notamment en termes de coopération militaire. François Hollande présidera bientôt les commémorations du centenaire de la bataille de la Somme avec le Premier ministre Cameron, à Amiens. Une occasion supplémentaire, s'il en fallait, pour rappeler les liens historiques et puissants entre la France et la Grande-Bretagne.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker s'est quant à lui montré plus exigeant sur le calendrier : "15 jours pour activer l'article 50 si le prochain Premier Ministre britannique était favorable au Bremain, contre 1 journée s'il était un tenant du Brexit". Mais le Luxembourgeois veut se montrer tout aussi amical que ses confrères européens envers Westminster : "la seule chose qui demeurera, ce sera l'amitié européenne".

Angela Merkel, s'est exprimée dans des termes également ouverts et positifs. Les prochains mois seront consacrés à la conception d'une relation nouvelle avec le Royaume-Uni. Dans une salle de presse comble pour son dernier Conseil, David Cameron n'a eu de cesse d'ailleurs de répéter que l'Europe demeurait composée "d'amis, de partenaires et d'alliés" du Royaume-Uni.

Un Conseil rassurant envers les marchés

Tandis qu'en quelques secondes, la livre sterling est passée de 1,5$ à 1,43$ après l'annonce du Brexit le 24 juin dernier, les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont cherché à dissiper l'inquiétude et l'instabilité des principales places boursières mondiales, prégnantes ces cinq derniers jours.

François Hollande n'a pas hésité à confirmer que l'incertitude représenterait un danger, tout en s'empressant de souligner la clarté entre les Vingt-Huit durant sa conférence de presse à la sortie du dîner de travail : "il n'y a pas d'incertitude sur ce qui doit être fait, c'est-à-dire la notification par le Royaume-Uni ; il n'y a pas d'incertitude sur la durée des négociations, elles dureront deux ans ; il n'y aura pas d'incertitude sur les conditions de sortie du Royaume-Uni".

Les dirigeants européens ont tenté de se montrer sereins quant à la capacité de leurs gouvernements à faire face aux effets adverses de la sortie du Royaume-Uni sur l'économie européenne. Le Brexit peut engendrer une "déstabilisation économique", a reconnu Mark Rutte, ainsi qu'une "perte de croissance pour l'économie britannique qui pourrait se répercuter sur l'économie européenne via les échanges commerciaux euro-britanniques, voire sur l'économie mondiale", a ajouté Donald Tusk. Mais le président du Conseil européen a rappelé les propos du président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, selon qui les effets négatifs constatés étaient plus faibles qu'anticipés.

De son côté, François Hollande a rappelé que même si "Mario Draghi a dit qu'il pouvait y avoir un risque que les investissements ne se fassent pas au rythme anticipé",  la BCE poursuit sa politique monétaire expansionniste, une orientation récemment rappelée par le banquier central. Les gouvernements sont par ailleurs prêts à apporter "un soutien encore plus affirmé à l'investissement", c'est-à-dire à mettre en place des "actions contracycliques", selon les mots du président français. 

Quoi qu'il en soit, les taux d'intérêt français et allemand sont toujours historiquement bas. Pour François Hollande, "il semble vraisemblable que le Royaume-Uni va supporter seul le coût de sa sortie".

Hollande Conseil européen

L'Europe continuera d'avancer à 27

Si la balle est dans le camp du gouvernement britannique après le Brexit, "l'UE n'entend pas rester les bras croisés en attendant", a souligné Mark Rutte. Le Royaume-Uni est loin d'être le seul touché par l'euroscepticisme "ambiant".

L'heure n'est pas aux positionnements idéologiques : "nous devons montrer que des résultats concrets sont possibles, dans de nombreux domaines". Car rendre possible une "meilleure Europe", offrant des solutions concrètes aux problèmes quotidiens des citoyens quels qu'ils soient, est une condition sine qua none pour restaurer la confiance dans le projet européen et lui donner un nouveau souffle.

D'autres sujets prévus à l'agenda du Conseil européen ont été mis sur la table : gestion des flux migratoires, création d'emplois, lutte contre l'évasion fiscale.

Jean-Claude Juncker continue ainsi de dérouler son agenda sur le principe du "mieux réguler". Le président de la Commission a réaffirmé son ambition de renforcer le Fonds européen pour les investissements stratégiques et a rappelé  que le projet d'accord de libre-échange avec les Etats-Unis (le Transatlantic Trade Investment Partnership, TTIP) était toujours à l'ordre du jour du collège des commissaires européens. Concernant le marché unique, les stratégies sur le numérique, les la libre circulation des capitaux ou l'Union de l'énergie seront complétées et mises en oeuvre d'ici 2018.

Les discussions de ce mercredi 29 juin, les premières à 27 sans le Royaume-Uni, devraient ainsi être consacrées à la recherche de solutions pour l'avenir de l'Union européenne, les diplomates européens comptant sur un "fourmillement d'idées".

 

Article rédigé par Justine Daniel, Marie-Sixte Imbert et Thomas Friang dans le cadre de notre partenariat avec Open Diplomacy