Justice et affaires intérieures

[Bilan 2016 : épisode 2] Daech continue de frapper les Européens

Federica Mogherini, émue par les attentats terroristes en Belgique

Brexit, terrorisme, immigration, commerce, populismes : du 26 au 30 décembre, Toute l'Europe dresse le bilan de l'année 2016.

Aujourd'hui, retour sur les attaques terroristes qui ont frappé les Européens en 2016, à Bruxelles, Nice ou encore Berlin.

La Belgique, la France et l'Allemagne cibles 2016 de l'Etat islamique

Si 2015 aura été une année noire pour le terrorisme marquée notamment par les attentats de Charlie hebdo et de ceux de Paris, 2016 aura été tout aussi tragique. "2015 a été difficile, je crains que 2016 ne soit terrible", confiait à l'AFP un responsable français de la lutte antiterroriste au mois de mars.

D'abord en Belgique le 22 mars à deux endroits fréquentés par la foule : à l'aéroport de Zaventem et dans le métro de Bruxelles. Au total 32 personnes ont perdu la vie et 250 ont été blessées.

De nombreux dirigeants européens, parmi lesquels François Hollande, Angela Merkel ou le président du Conseil européen, Donald Tusk, ont dénoncé des attaques contre les valeurs démocratiques de l’Europe, dont Bruxelles, siège de l’Union européenne et de l’OTAN, est le symbole. En déplacement en Jordanie, Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne, n'a pu retenir ses larmes en évoquant "un jour très triste pour l’Europe".

Dessin de presse : attentats en Belgique

Dessin de presse : attentats en Belgique, par CLAC (cliquez sur l'image pour agrandir)

Ces explosions sont intervenues quatre jours après la capture spectaculaire de Salah Abdeslam, arrêté le 18 mars à Bruxelles, le principal suspect encore en vie des attentats du 13 novembre, qui était caché dans sa ville d'origine de Molenbeek.

La France a quant à elle été victimes de trois attaques terroristes : d'abord à Magnanville (deux fonctionnaires de police tués), à Nice (84 morts et 331 blessés), puis à Saint-Etienne-du-Rouvray (un mort, un blessé). Lors de la tuerie dans le sud de la France, les dirigeants européens réunis à l'occasion du 11e sommet du dialogue Europe-Asie (ASEM) en Mongolie ont "une nouvelle fois condamné avec force et sans équivoque le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations, quels qu'en soient les auteurs, les lieux et les buts". Le président du Conseil européen a déploré "un jour triste pour la France, pour l'Europe, pour nous tous". "Ceux qui ont été visés par l'attaque étaient des gens qui fêtaient la liberté, l'égalité et la fraternité", a souligné Donald Tusk.

Prolongé à plusieurs reprises depuis les attaques du 13 novembre 2015, l'état d'urgence est, à ce jour, toujours en vigueur en France.

De Berlin à Madrid, les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont également apporté leur soutien à la France. "Mes condoléances pour les victimes à tout le peuple français", a déclaré sur Twitter le président du gouvernement espagnol. Mariano Rajoy dont le pays a été tragiquement touché par des attentats à Madrid en 2004 s'est également exprimé lors d'un point presse, dans lequel il a réaffirmé son soutien au président de la République.

Quatre jours après la tuerie de Nice, l'Allemagne, elle aussi a été une cible de Daech en 2016. Un attentat à la hache s'est déroulé le 18 juillet dans un train en Bavière blessant quatre personnes. Puis un attentat près d'un festival de musique en Bavière a fait 15 blessés. Avant que Berlin, le 19 décembre, ne soit à son tour frappé par le terrorisme. Comme à Nice en juillet, un membre de l'organisation Etat islamique fonce sur la foule à bord d'un camion-bélier, causant la mort d'au moins 12 personnes, et faisant 48 blessés sur un marché de Noël. Il s'agit de l'attentat le plus meurtrier depuis la prise d'otage sanglante d'athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich en 1972.



Pour en savoir plus la politique européenne de lutte anti-terroriste, consultez également notre infographie

Un nouveau corps européen de gardes-frontières pour sauver Schengen ?

Face à la multiplication des attentats terroristes, les Européens cherchent évidemment à renforcer leur sécurité. Selon le coordinateur de la lutte contre le terrorisme Gilles de Kerchove, depuis les attentats de Paris, l'UE "a entrepris un certain nombre d'améliorations sur l'échange de renseignements".

Conçue pour répondre aux nouveaux enjeux et faire face aux nouvelles réalités politiques auxquels l'Union européenne est confrontée en ce qui concerne tant la migration que la sécurité intérieure, la création de l'Agence européenne de gardes-frontières constitue une avancée historique dans la gestion commune des frontières de l'Union européenne. Inaugurée en octobre, elle doit notamment permettre de mener une coopération renforcée avec d'autres agences et organisations, notamment en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme.

Vers un PNR européen en 2018

Sujet délicat, objet d'interminables discussions, le dossier sur le PNR (Passenger Name Record) a franchi une étape majeure en 2016.  Dans les tuyaux bruxellois depuis 5 ans, le vote sur le registre européen des passagers aériens a eu lieu le 14 avril 2016 par le Parlement européen par 461 voix pour, 179 contre et 9 abstentions. Le PNR doit permettre une traçabilité des passagers dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et le crime organisé.

Selon la directive, chaque État membre doit créer une "unité de renseignements sur les passagers" (UIP) pour gérer les données PNR collectées par les transporteurs aériens. Ces informations sont conservées pendant cinq ans, mais après un délai de six mois, les données permettant l’identification de la personne seront supprimées.

Les États membres disposent maintenant de deux ans pour transposer la directive en droit national. Selon le rapport des sénateurs français Simon Sutour et  Philippe Bonnecarrière, le texte reprend "trois conditions âprement négociées par le gouvernement français" : une durée de conservation des données de cinq ans, avec une procédure simplifiée de consultation des données après leur masquage, qui intervient au bout de six mois (comme aux États-Unis), l'inclusion des vols intraeuropéens et des vols "charters" et l'inclusion dans le champ de la directive des infractions nationales, et pas seulement transnationales, comme certains l'avaient souhaité.

Certains États membres disposent déjà d'un système sur les données des dossiers passagers (PNR) (comme le Royaume-Uni) alors que d'autres ont adopté de nouvelles lois ou sont en train de tester des systèmes de données PNR.

Parallèlement, le Parlement européen a également voté un paquet législatif sur la protection des données personnelles, définissant clairement les droits des citoyens à l’égard de leurs données. Un projet de directive doit, d’autre part, permettre une harmonisation, au niveau de l’UE, des règles de coopération entre les forces de police européennes et prévenir un usage abusif par les forces de l’ordre des données privées des citoyens.

Un nouveau commissaire européen chargé de la Sécurité

Créé en août 2016, le nouveau portefeuille de commissaire spécialement dédié à l'Union de la sécurité a suscité la surprise en étant attribué à un Britannique. Le Royaume-Uni appartenant toujours à l'Union européenne, il fallait trouver un remplaçant pour représenter le pays après la démission post-Brexit de Jonathan Hill, favorable au maintien du Royaume-Uni dans l'UE.

Le nouveau commissaire européen est assisté par une task-force qui doit mettre à profit l'expertise de l'ensemble de la Commission pour faire avancer les travaux et garantir l'application des mesures. La première réunion de cette task-force a eu lieu le 22 septembre 2016.

 

Par Alexandra Lesur