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Italie

A Strasbourg, le discours de Matteo Renzi marque le début de la présidence italienne

renzi (C) parlement europeen

Le président du Conseil italien, Matteo Renzi, s'est rendu mercredi à Strasbourg pour prononcer un discours à l'occasion du début de la présidence italienne de l'UE. Le jeune dirigeant social démocrate a brièvement mentionné les priorités économiques du gouvernement de Rome pour ce semestre, avant d'évoquer les valeurs fondatrices de l'Union européenne et d'adresser un message politique aux dirigeants de l'UE.

Le "selfie" de l'Europe 

"Si l'Europe faisait un 'selfie', quelle image verrait-on à l'écran ?", a demandé Matteo Renzi aux membres du Parlement européen. Avant de répondre "son visage aurait l'air ennuyé, fatigué, résigné". Avec son allure décontractée, le président du Conseil italien, au pouvoir depuis février 2014, a donc entamé son discours à Strasbourg avec un vocabulaire venu tout droit du lexique du web.  "Vous pourrez retrouver les priorités du semestre italien dans le document que j'ai remis au président du Parlement européen, Martin Schulz", a précisé le chef du gouvernement, "aujourd'hui, je voudrais discuter avec vous de l'identité européenne et de l'image actuelle de l'Europe".

A l'heure du passage symbolique de la présidence grecque vers le semestre italien, Matteo Renzi a préféré mettre l'accent sur les fondements culturels de l'Europe, plutôt que sur les questions économiques qui divisent les dirigeants européens (notamment, croissance versus austérité). "Ce passage de relais entre la Grèce et l'Italie devrait évoquer des images suggestives, de Périclès à Cicéron, alors qu'aujourd'hui nous pensons tout de suite à la crise et aux difficultés financières", a affirmé le chef du gouvernement italien. "Pourtant, le vrai défi de l'Europe est de retrouver son âme, son identité profonde et pas seulement d'unifier les différentes bureaucraties". 

La politique étrangère et la génération "Télémaque"

Le leader italien Matteo Renzi a mentionné les situations de crise politique ou militaire au Nigeria, au Pakistan ou encore au Moyen-Orient et en Ukraine, en plaidant pour un rôle plus fort de l'UE sur la scène mondiale. "L'Europe n'est pas qu'un point sur Google Maps, n'est pas qu'une simple expression géographique. Elle est un phare de la civilisation, et nous ne pouvons pas nous renfermer sur nos frontières". Parmi les différents scénarios de crise cités, le leader italien a rappelé le récent assassinat des trois jeunes israéliens près d'Hébron en Cisjordanie et il a souligné la nécessité de reconnaître le droit d'Israël à exister. 

Enfin, le président du Conseil italien a appelé les eurodéputés à "être à la hauteur de l'héritage européen laissé par les pères fondateurs". Comme le fils d'Ulysse, Télémaque, la nouvelle génération de dirigeants européens - dont Matteo Renzi se veut un membre représentatif ("Quand le traité de Maastricht a été signé, je n'avais pas 18 ans") - ne devrait pas se limiter à attendre mais à contribuer davantage à la construction européenne.

Les réactions et les priorités de la présidence 

Le discours du Premier ministre italien a été généralement bien accueilli par l'hémicycle de Strasbourg. Le Parti populaire européen a cependant rappelé au jeune Premier ministre la nécessité de "respecter les règles" et donc de ne pas remettre en question l'assainissement budgétaire. Le chef de file des socialistes, l'italien Gianni Pittella, a quant à lui félicité Matteo Renzi pour son discours et a demandé à ce que le "Pacte de stabilité et de croissance" soit appliqué dans ses deux volets, c'est-à-dire en investissant aussi dans la croissance. Le leader des libéraux, le belge Guy Verhofstadt, a affirmé dans un parfait italien qu'il compte sur l'Italie "pour relancer le projet européen comme il a été imaginé par Altiero Spinelli", avant de poursuivre en anglais : "l'austérité et la croissance sont les deux faces de la même monnaie. Nous avons besoin d'un deuxième plan Delors pour la croissance".

Pour ses six mois de présidence de l'Union européenne, le gouvernement de Rome s'est donné trois priorités stratégiques et un budget de quelque 68 millions d'euros. Tout d'abord, la croissance et l'emploi, y compris un accord sur une plus grande flexibilité sur les dépenses visant à favoriser la croissance. Deuxièmement, l'immigration et le droit d'asile, un sujet cher à l'exécutif italien qui a longtemps accusé les autres Etats membres de ne pas assez soutenir les pays méditerranéens face l'arrivée des immigrés. Enfin, la politique étrangère. Comme il avait déjà annoncé en Italie lors de son discours à l'Université de Florence le 9 mai dernier, le leader italien a réitéré aujourd'hui sa volonté de voir l'UE jouer un rôle plus important sur la scène politique internationale.